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"L'autre"
NouvelleStrawberry nous offre une courte mais sombre nouvelle avant un vrai retour au début de l'été.

Hier encore je pouvais l’observer déambulant, agaçant de maladresse, benoîtement propulsé par des guiboles plus minces que des cannes à sucres. Il allait, errait, voyageait et piétinait sans savoir où échouer mais sa silhouette mouvante brisait mon horizon. Un animal ? Pas exactement… Mais parler d’Homme eut constitué quelque largesse lexicale parfaitement indéfendable. En vérité, cet individu peinait sans doute lui-même à se définir. Dieu, que la nature peut être parfois révoltante de cruauté.
Hier encore, donc, il survivait parmi les honnêtes gens, et osait même d’une voix monocorde qu’il aurait rêvée vibrante, philosopher sur sa condition. « Ma vie est d’autant plus longue que personne ne cherche à la mesurer » disait-il autour d’un verre d’alcool. J’en souris encore, tant le mot est inconsistant mais finalement si juste. Je ne connais aucune âme, si charitable soit-elle, qui aurait porté un soupçon d’intérêt à l’existence vaseuse de ce pourceau de la race humaine. Non, vraiment, il y a tant et tant affaire dans notre quotidien, tant d’étoiles déchues à enterrer, tant de gloires à porter jusqu’aux nues et d’escrocs authentiques à pendre sur la place publique que l’envie manque tout simplement de nous pencher simplement sur le destin d’un être sans relief. Une certaine ferveur vindicative incendia mon regard lorsqu’il prononça piteusement ces quelques mots : « ma vie est d’autant plus longue… ». Jamais je n’aurais cru cet ectoplasme en chair capable d’une once d’humilité. Car le bougre était de la pire espèce, celle qui ne voit que son bout de nez, celle dont les éléments méprisent Galilée en supposant que la Terre tourne autour de leur seule personne. Ses airs de dandy ne pouvaient masquer son absence épatante de charme ; quant à son discours alambiqué, il n’était que le vague reflet d’un esprit tordu sinon incohérent. Et pourtant, l’orgueil était son nectar, la fierté son étendard, l’assurance sa devise. Qui aurait pu croire qu’il sombre si vite et heurte de plein fouet une vérité ô combien blessante ? Notre bonhomme s’abandonnait peu à peu à son sort, telle une mouche asphyxiée. Quand la pitié se heurte à la raison, elle n’est qu’un sentiment jumeau de lâcheté qu’il convient d’éradiquer…

À la nuit tombée, mon cœur acceptait enfin ce que tout mon esprit avait ourdi plusieurs heures durant. Il fallait débarrasser le monde de la présence inutile d’un malheureux, aveuglé par l’estime de soi. L’ignoble connaissait trop bien ma demeure, et c’est pourquoi il me fut si aisé de le précipiter dans les rets mortels que j’avais tendu. Eclairé par la Lune et rassuré par l’effluve amical des bûches dévorées dans l’âtre, il se tenait là, raide, face au carreau dont l’épaisseur absorbait la pâleur de son visage.
« - Hé ! Qu’il fait bon chez toi, me dit-il. Je comprends que tu t’y plaises ; à vrai dire, à ta place, je n’aurai pas envie de bouger et de sortir. J’aurai aimé vivre toute ma vie dans un cocon pareil.
- Restes-y donc ! Tu ne tiens pas beaucoup de place. Si un feu suffit pour te faire vivre, je t’accorde d’avance quelques bûches contre ton silence ! » Je ne sais pas s’il saisit mon sous-entendu. Mais sa réplique, aussi courte fut-elle, m’avait exaspéré. Oui la chrysalide inutile qu’il était devait trouver mon « cocon » parfaitement vivable. Mais à vivre sans œuvrer, sans même utiliser sa tête, ses mains et le courage pour les animer, fait de vous quelqu’un de totalement négligeable. La petite réflexion qui suivit ce court échange ne fit que me renforcer dans la volonté d’accomplir mon projet.

Il me revenait de choisir le procédé. J’écartai rapidement l’hypothèse surannée du cyanure oublié au fond de la tasse de thé. De mon père, héros du Chemin des Dames, j’avais gardé une arme, encore prolongée de sa baïonnette, exposée contre la paroi du sous-sol comme un objet de collection. Sans doute, le bruit épouvantable qui sortirait du canon de ce vieux fusil alarmerait les voisins...
Le crime parfait ne tolère pas le risque et ma victime ne pouvait mériter que l’on ressuscite pour elle un vestige de la Grande Guerre. La veille encore plongée dans un ouvrage consacré à l’affaire Calas, je fus tout naturellement inspiré par la corde et le supplice de la strangulation. À défaut d’une belle corde finement tressée, je n’avais en tout et pour tout dans cette maison qui puisse lui être substitué qu’un cordon de rideau employé dans ma chambre à coucher. Prétextant une bouteille à chercher, je pris temporairement congé de mon invité pour grimper à l’étage et saisir près du volet l’instrument qui me seconderait dans mon imminent dessein. C’est alors seulement que je surpris ma main droite secouée par de vils tremblements, les soubresauts de l’effroi alors que le courage prend le chemin de la retraite. Faisant fi d’une couardise que j’espérais passagère, je redescendis quatre à quatre les marches de l’escalier et me glissai rapidement jusqu’au sous-sol où je choisis en hâte un bon Bourgogne à déguster en préambule de cette sublime veillée mortuaire.

Délivrant ce qui allait s’avérer son ultime signe de contentement terrestre, l’autre sourit en trempant ses lèvres dans le doux vin. De mon côté, je cachais maladroitement dans la poche de mon pantalon le cordon, dont une extrémité se balançait le long de ma jambe sans que mon convive – fort heureusement – ne paru le remarquer. Aux fenêtres, décembre assurait le spectacle ; un vent glacial emportait dans son souffle les ultimes feuilles des arbres et les premiers flocons. La banalité de cette vision saisonnière parut néanmoins retenir l’intérêt de l’autre. Il pose son nez contre le carreau et demeura comme absorbé. Tout près, j’osai extraire lentement le cordon de ma poche et l’enrouler autour d’une main. Déjà déçu de la monotonie extérieure, d’autant plus que la nuit était installée désormais, mon camarade longea à nouveau la pièce entière, piétina devant la cheminée avant d’arrêter sa danse face au miroir de mercure ancestral qui se tenait tout près de la bibliothèque voilée de poussière. Ah, ce visage, ce fameux visage tout dessiné dans la déplaisance, irrégulier, percé de deux yeux sombres dont la couleur évoquait la cendre sans que l’on ne sache exactement s’ils étaient bruns ou gris. Une très fine moustache soulignait la lèvre supérieure en semblant de marque virile. Alors qu’il se dévisageait d’un air vaguement triste, je me tenais dernière lui, telle une ombre, et modelais déjà le nœud coulissant qui aurait raison de ses vertèbres cervicales. Il me restait cependant à atteindre la poutre massive qui nous dominait, à glisser ma corde entre le plafond et elle. C’est à cet instant qu’il se retourna brusquement vers moi et sembla deviner mon petit manège : « C’est la corde de la caisse de vin sans doute » grinça-t-il en pointant ma poche du doigt. Je ne pus trouver de répartie pour contrer sa réflexion. Sa réaction fut des plus curieuses puisqu’il se retourna à nouveau vers le miroir, comme si ma présence ne l’inquiétait pas outre mesure, comme s’il s’amusait à me voir préparer un complot.
Alors, tout alla très vite : grimpé sur l’osier d’un tabouret, je passai le cordon vert au-dessus de la poutre et attachai solidement à cette dernière l’extrémité opposée au nœud. Enfin, seulement, l’autre me lorgna avec défiance. Un doute traversa son regard et, pour la première fois, il avait pénétré mes intentions et grimpa d’un bon sur le tabouret, pour me saisir les poings... La situation était cocasse. Un face à face de quelques secondes fit monter la tension. Tous deux étions déséquilibrés et le petit meuble branlait sous l’addition de nos poids : « - Tu es dingue ? Que me veux-tu ?
- Ta perte l’ami… Je t’endure depuis toujours, tu es une ombre malsaine dans mon dos, tu es une maladie honteuse.
- Tu ne m’as donc jamais aimé ? Pas même toléré ?
- La médiocrité est intolérable à mes yeux ; ça, tu le savais ! ». Il sursauta, manquant de tomber du tabouret : la terreur livide gagnait peu à peu son front. Moi, j’étais déterminé. Aussi suppliant soit-il, son regard n’était pas de nature à me faire renoncer.
La transe, j’étais secoué par la transe ; incapable de réfléchir de toute façon. D’un geste violent et irrépressible je glissais le nœud à son cou : lui tentait de se débattre avec l’instinct de la mouche entre les fils de l’arachnide. Trop tard. Le coup de pied fatal contre le tabouret raisonna dans la pièce et son corps sordide resta figé au bout de la corde… Autour de lui, le vide. Un verre brisé à terre.

Au lendemain de cette triste soirée, le médecin légiste demeura intrigué par les égratignures sur le visage du mort. Alors que la thèse du suicide avait été avancée, les enquêteurs se sont voulus réservés dans leur estimation. Aux premières heures qui ont suivi la découverte de mon corps, l’agitation allait bon train dans le voisinage et l’on parlait déjà de meurtre, de criminel en liberté ; ah ! les amusantes vaticinations. Pas plus de crime que d’assassin pourtant pour cette sordide affaire. Et outre-tombe, je ne peux que sourire en constatant qu’il aura fallu attendre ma mort pour qu’enfin l’on parle un peu de moi.

Proposé par : Strawberry
 
 
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