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La visite
NouvelleAprés plus d'un an sans donner de nouvelles, je vous invite à découvrir 'La visite'.

La visite

Mardi 1er juin 2004
17 heures 30


Le jeune Tom Martin était un client régulier dans ce magasin du centre-ville spécialisé en musique, livres et autres jeux pour ordinateur. Après avoir choisit un CD de Leonard Cohen, il alla faire un tour dans le rayon des jeux pour pc où après hésitation, il prit un logiciel intitulé 'Syberia II'. Enfin, faisant son chemin vers la caisse, il ajouta à ce qu'il avait déjà choisi, un roman d'Agatha Christie pas avant de s'être assuré qu'il ne l'avait pas déjà lu.
Désormais, Tom faisait la queue devant la caisse et attendait patiemment son tour. Puis, tandis que la caissière s'occupait de la personne qui était immédiatement avant lui, Tom qui tenait de la main gauche les choses qu'il comptait acheter attrapa avec son autre main le sac qui jusque là était posé sur son dos et le mit sur un petit comptoir. Il ouvrit d'abord le sac avec sa main libre puis il y plongea ses deux mains à l'intérieur. Apres quelques secondes, les deux mains réapparurent en dehors du sac, dans sa main gauche figuraient donc les articles qu'il était sur le point de payer et dans sa main droite un portefeuille. Ce dernier objet vint rejoindre les autres dans l'autre main pour que sa main droite puisse refermer le sac et le remettre sur son dos. C'est à ce moment précis que le client qui le précédait disparut et que la caissière lui jeta un petit sourire. Tom remit son portefeuille dans sa main droite puis libéra enfin sa main gauche en déposant le logiciel et le livre sur le comptoir de la caissière. Pendant que cette dernière faisait passer les deux produits devant l'œil électronique de sa caisse, Tom sortit sa carte de crédit de son portefeuille. Apres avoir tendu sa carte à la caissière, il emballa son achat dans un sac en plastique et ouvrit son sac à dos une nouvelle fois pour y introduire ce qu'il venait d'acquérir. Puis ayant signé le bon que lui présentait la caissière, il récupéra sa carte, la remit dans son portefeuille, rangea le portefeuille dans le petit sac à dos qu'il referma et remit sur son dos.
Enfin, il se contenta de saluer la caissière, quitta le magasin et fit tranquillement son chemin jusque chez lui.

18 heures 05

Un peu fatigué de sa petite ballade, Tom, qui venait de rentrer chez lui, s'assit quelques instants sur le divan de son salon après avoir déposé son sac sur la table. C'était un petit appartement avec deux pièces, une cuisine et une petite salle de bain. Son salaire d'employé de bureau lui permettait de vivre dans un tel endroit. Il occupait ce poste dans une compagnie d'assurances depuis qu'il avait interrompu ses études de sciences économiques moins d'un an auparavant. Cette situation l'ennuyait un peu, aussi bien à cause du fait qu'il avait arrêté d'étudier que de la monotonie du bureau mais au moins il avait de quoi subvenir à ses besoins aussi bien au niveau du logement que de tout le reste y compris ses petits loisirs comme les disques, les livres et les jeux vidéo.
Il ouvrit donc son sac a dos, en sortit le sac en plastique qui contenait le livre et le logiciel qu'il laissa momentanément sur la table et sortit son portefeuille qu'il alla ranger dans un tiroir. Puis il se rassit sur son divan et remit sa main a l'intérieur du sac à dos. Apres l'avoir un peu agité à l'intérieur, un large sourire aux lèvres, il ressortit sa main alors qu'elle tenait le CD de Leonard Cohen qu'il n'avait pas payé à la caisse grâce à son habile tour de passe-passe qui consistait à soi-disant chercher son portefeuille avec ses deux mains.
Il déposa son nouveau livre sur une étagère où il n'y avait que des livres puis hésita une minute. Allait-il d'abord écouter le disque volé ou bien tester le logiciel qu'il avait par contre honnêtement acheté ? Il décida de commencer avec le logiciel et préféra donc ranger le CD car il n'était pas sûr de l'écouter ce soir-là mais au lieu de le déposer sur une des étagères pour CD de sa commode, il ouvrit une armoire. A l'intérieur il déposa son CD pas encore libéré de son emballage de cellophane à coté d'une cinquantaine d'objets semblables tels que livres, CD, logiciels, tandis qu'il y avait aussi une bande dessinée et deux DVD. Tous ces objets avaient de particulier qu'il les avait tous volés dans ce même magasin en utilisant ce même stratagème infaillible. C'était en quelque sorte son armoire de trophées.
Tom n'était sûrement pas kleptomane car il agissait tout à fait délibérément. On ne pouvait pas non plus le qualifier de criminel. Certes ses actes répétés étaient malhonnêtes mais sa malhonnêteté s'arrêtait là car c'était plutôt un gars gentil et sincère.
De taille moyenne et assez mince, Tom Martin avait 25 ans depuis le mois d'avril. C'était un garçon intelligent et déjà assez mûr pour avoir acquis une certaine idée de la vie. Par contre sa relative solitude l'avait jusqu'à présent empêché de se révéler, ce qui avait freiné ses ambitions d'où son échec récent dans les études. C'était à l'époque où il fréquentait encore l'université qu'il avait commencé à voler dans ce magasin. En ce temps là, il n'avait pas suffisamment d'argent pour satisfaire ses envies. Désormais il n'avait plus tellement de soucis matériels mais il refaisait ça de temps en temps surtout par fierté pour son infaillibilité car il s'avère que même les fois où il avait été contrôlé après la caisse, comme par magie, on n'avait rien trouvé dans son sac. Et puis sa vie était tellement ennuyeuse, il fallait bien qu'il s'amuse un peu. Cependant il était tout à fait conscient du coté immoral de ses actes et savait bien que tôt ou tard il arrêterait ce petit jeu.
Tom ouvrit l'emballage de son logiciel et introduisit le CD Rom dans son ordinateur qu'il venait juste d'allumer.

22 heures 40

Tom était déjà couché. Il avait lu à peine deux ou trois pages du roman qu'il avait acheté ce jour-là mais pris de fatigue il laissa son livre et éteignit la lumière. Il repensait alors aux dernières heures écoulées. Il avait commencé la soirée en jouant sur son ordinateur. 'Syberia II' est un jeu intéressant qui fait voyager à la recherche des derniers mammouths avec plein de péripéties en chemin. Ça rappelait à Tom, même si le jeu ne consistait pas forcement à çà, son vieux rêve de voyager dans le temps. La technologie du début du vingt et unième siècle étant ce qu'elle est, il devait pour l'instant se résigner aux jeux d'ordinateurs. Apres avoir vaguement dîné devant la télévision, il retourna terminer la soirée avec son jeu d'ordinateur. Enfin, après avoir vérifié s’il avait reçu des emails, il éteignit son ordinateur et partit se coucher.
"Quelle vie monotone tout de même!" pensait-il maintenant qu'il était allongé dans l'obscurité en essayant de s'endormir. Il songeait à sa vie qui n'avançait pas au rythme qu'il l'avait souhaité. À commencer par le coté sentimental. Il était seul, il s'en accommodait mais en souffrait aussi. Et puis il y avait ses ambitions d'adolescent qui ne semblaient pas se réaliser. Dix ans auparavant, il rêvait de devenir l'homme le plus connu et le plus aimé du monde en devenant chanteur ou chef d'état ou encore grand footballeur. Au lieu de ça, il était un petit employé qui se faisait disputer pour n'importe quoi et qui n'était même pas capable de réagir face à son supérieur.
Heureusement, il ne pensait pas tous les jours à ce genre de choses mais ça refaisait surface de temps à autres.
Il pensait qu'il avait tout de même toute la vie devant lui et qu'il avait donc encore tout le temps pour la construire tel qu'il le désirait.
Et puis, il ne pensait plus du tout. Il s'était endormi.

Mercredi 2 juin 2004
2 heures 20 du matin


Un bruit réveilla Tom en sursaut. Un bruit étrange, brusque et proche. Tellement proche que cela semblait venir de la pièce voisine, son salon. Tom pensa dans un premier temps qu'il avait sûrement rêvé de ce bruit tellement la courte distance semblait invraisemblable mais depuis son lit, il avait une drôle d'impression, il sentait comme une présence dans la pièce d'à coté. Dans un moment de courage et pour en avoir le cœur net, il se leva et sans allumer la lumière il avança discrètement vers la porte qui sépare les deux pièces. Puis dans un geste brusque il ouvrit la porte et resta figé car il n'en croyait pas ses yeux. Devant lui, dans l'obscurité et dans un silence lourd, 2 petites lumières rouges brillaient. Ces deux lumières étaient fines et se situaient plus ou moins au niveau de ses yeux ce qui l'éblouissait encore plus.
Apres être resté figé pendant une longue minute, Tom, prit de panique bondit en arrière dans la direction du mur et chercha avec sa main l'interrupteur. La lumière du salon étant rétablie, il se retourna et sa stupeur doubla. Les lumières rouges avaient disparu mais devant lui se tenait debout une femme assez belle d'une trentaine d'années, de couleur noire, habillée un peu à la manière de personnages de films de science fiction, comme une astronaute. Face au regard effrayé de Tom, le regard de l'inconnue semblait au contraire paisible, serein voire même rassurant. De plus, bien que son apparence était loin d'être conventionnel, son air sérieux et crédible ne donnait pas d'elle l'impression d'une personne sortant d'un bal costumé mais de quelqu'un qui semblait bien avoir la tête sur les épaules.
Tom n'en était pas encore rassuré pour autant.
- Que faites-vous ici? demanda t’il d'un regard apeuré.
- Je suis venu vous rendre visite monsieur le président.
- Président ? demanda Tom à la fois choqué et amusé. Vous devez faire erreur…
- Non je vous reconnais parfaitement dit-elle calmement. Vous êtes bien le président Tom Martin ! ajouta-t-elle d'un regard admirateur.
- Quoi ? Mais qui êtes-vous ? Et d'où venez-vous ?
- Mon nom est Ashley. Je viens de… Je viens du vingt troisième siècle!
Tom n'en croyait pas ses oreilles. Il resta quelques instants silencieux puis il dit:
- Ce n'est pas possible. C'est une plaisanterie.
- Je comprends très bien votre réaction car les voyages dans le temps n'ont été inventés qu'au siècle dern… je veux dire au vingt deuxième siècle. Je me doute que vous trouvez ça un peu farfelu, d'autant plus que nous prenons soin de ne pas nous faire remarquer lorsque nous voyageons dans le passé pour ne pas créer de situations absurdes. Mais dans votre cas et de par votre grandeur à l'échelle universelle, les choses sont totalement différentes.
- Moi ? Répliqua-t-il de plus en plus surpris.
- Oui vous, dit-elle avec une véritable lueur d'admiration dans le regard. Je vais tout vous expliquer. Vous êtes un des personnages les plus célèbres de l'histoire et je participe en ce moment à l'élaboration d'un des plus grands ouvrages consacrés à votre mémoire. Cet ouvrage est l'initiative du président de la fondation internationale Tom Martin qui est l'un de vos descendants. Comme je vous le disais, je viens de l'an 2251, je m'appelle Ashley et dans le cadre de mes investigations, je compte faire avec vous une série d'interviews à différentes périodes clés de votre action publique. Mais tout d'abord, il m'était indispensable de vous rencontrer avant le déclenchement de votre fabuleuse histoire, à un moment où vous êtes encore, mais pour très peu de temps, totalement anonyme. Votre coté humain sera essentiel dans notre ouvrage car c'est de là que vient la controverse à votre sujet ces dernières années. Ainsi m'était-il important de vous voir en vrai mais je vous serais aussi très reconnaissante si vous acceptiez de répondre à mes questions.

Dans un premier temps, Tom ne dit rien. Il avait enfin réussi à retrouver son calme. Cette histoire semblait à la base totalement irréelle mais sa visiteuse était par contre tellement réelle et sincère. Même si sa modestie l'empêchait de croire à un destin aussi glorieux, il était vrai aussi que cela correspondait un peu à ses rêves de jeunesse auxquels il pensait quelques heures à peine auparavant. Ainsi, aurait-il eu conscience très tôt de sa destiné.
Tom s'assit et fit signe à Ashley de prendre place à coté de lui, ce qu'elle fit avec enthousiasme. Enfin Tom répondit:
- Je ne m'oppose pas à répondre à vos questions mais j'ai bien peur de ne pas vous être très utile… Mais je ne vous ai même pas proposé quelque chose à boire…
- Non, je vous remercie répondit Ashley, je vous promets que je ne serais pas longue. Tout d'abord, j'aimerais savoir si à l'heure actuelle vous êtes conscient du fait que vous allez bientôt jouer un rôle important. Est-ce que vous planifiez déjà quelque chose ?
- Je ne sais pas vraiment quoi vous dire répondit Tom après une courte hésitation, d'autant plus que vous ne m'avez pas encore vraiment dévoilé ce que je vais être.
- C'est vrai, je ne vous ai rien dit jusqu'à présent car je me dois d'être extrêmement prudente avec ces choses-là. Trop de détails pourraient vous inciter à bouleverser le cours de l'histoire et les conséquences en seraient fâcheuses.
Ashley réfléchit quelques secondes puis poursuivit:
- Il faut que vous compreniez monsieur le président Martin, je ne lis pas l'avenir dans une boule de cristal et je ne suis pas non plus une astrologue. Je suis une historienne et ce que j'ai à vous révéler est basé sur des recherches tout à fait sérieuses. Cependant il est vrai que je devrais vous donner quelques généralités…
- Vous m'appelez monsieur le président, mais président de quoi? Je vais être le président de mon pays?
- Non. Dans 35 ans, vous deviendrez le président du monde.
Ashley fit une petite pause pour laisser Tom réagir mais ce dernier était attentif et attendait vraisemblablement la suite. Elle poursuivit:
- Au moment où nous nous rencontrons, c'est-à-dire en juin 2004, vous êtes à peine quelques mois avant un grand changement dans votre vie au niveau professionnel, vous allez très prochainement abandonner le poste que vous occupez dans une compagnie d'assurances pour vous lancer dans la vie publique. Vous allez commencer par la politique locale et très vite vous serez connu et apprécié pour votre franchise, votre esprit juste et votre efficacité. Avec les années et assez rapidement malgré votre jeune age, votre renommée deviendra nationale puis internationale. Vous serez, bien plus vite que prévu appelé à de lourdes responsabilités. Parallèlement à cela, durant la décennie en cours, le processus de mondialisation que vous connaissez déjà très bien, va prendre des ampleurs inattendues. D'ici moins de dix ans, le monde sera légalement dirigé par une espèce de régime fédéral à l'échelle planétaire. A partir de là, il n'y aura plus de limites à la corruption, à l'amplification des injustices et au regain du racisme.
- Mais, interrompit Tom captivé par le récit, n'y aura-t-il plus personne voulant un monde plus juste ?
- Justement, j'y arrive lui répondit Ashley. Il y aura d'un autre coté beaucoup d'opposants et vous en serez un des plus illustres leaders. Une fois de plus, je ne peux pas vous faire part de tous les détails mais je peux vous dire que votre tour de gouverner le monde viendra en 2039 et jusqu'en 2051. Ces douze années marqueront un changement radical dans le cours des événements. Grâce à la confiance que vous incarnerez, vous allez complètement changer le caractère du pouvoir international et au lieu de continuer de faire de cette mondialisation un instrument de profit et de corruption, vous allez utiliser ce pouvoir pour faire appliquer certaines valeurs telles que le respect des autres, la paix et l'égalité des opportunités. Évidement, votre court passage au pouvoir ne sera pas suffisant pour appliquer tout cela mais vous avez créé une base de progrès incontestée de tous qui servira de source à vos successeurs. Les résultats ne se révéleront pas de votre vivant mais au vingt-deuxième siècle.

Tom écoutait sa visiteuse sans dire un mot. Il était à la fois troublé et impressionné.

- Depuis le vingt-deuxième siècle, nous vivons dans le meilleur des mondes qui ait jamais existé jusqu'à présent. Il n'y a plus de guerres et désormais l'homme se consacre enfin à lui-même. Notre monde est beaucoup plus juste et beaucoup moins violent qu'avant. En tant que femme noire, je n'ai connu aucune discrimination comme c'était le cas autrefois. Le crime a lui aussi plus ou moins disparu. La société est beaucoup plus basée sur la tolérance et l'entraide. Il n'y a plus cette séparation entre gens honnêtes et malhonnêtes qui existait avant et donc on ne passe plus notre temps à juger et emprisonner… Mais je crois que j'ai déjà été un peu trop loin et je dois sûrement vous ennuyer avec tout ça.
- Non au contraire répondit Tom, tout cela est très intéressant. Cependant, il y a une chose qui m'échappe. Dans le monde où vous vivez, celui du vingt-troisième siècle, la vie doit être bien ennuyeuse. Non ?
- Pas du tout! L'évolution a donné à l'homme une certaine disponibilité qui lui permet de se consacrer à bien plus de choses. Et surtout, notre grande préoccupation est de préserver nos acquis car nous connaissons bien l'histoire et nous savons que nous pouvons tout perdre du jour au lendemain et rétablir les horreurs du passé conduirait l'humanité au néant. C'est pour ça que la fondation qui porte votre nom monsieur le président …
- Vous pouvez m'appeler Tom !
- … que la fondation qui porte votre nom a décidé de remettre en valeur votre biographie car il s'avère que si dans les années qui ont suivi votre passage au pouvoir votre renommé était indiscutable, désormais certains désaccords entre historiens jettent un doute sur le vrai caractère de votre personnalité ainsi que sur l'authenticité de certaines de vos actions. Donc certains de vos témoignages nous seront très précieux à titre éducatif.

De plus en plus songeur, Tom ne disait rien tandis qu'Ashley l'observait. Il était désormais très à l'aise et avait entièrement confiance en son interlocutrice. Au bout de quelques minutes Tom interrompit le silence :
- Pour répondre à votre question de tout à l'heure, tout ce que vous me dites est une réelle surprise, jamais je n'ai songé en arriver là. Mais d'un autre coté, je peux vous confier que j'ai toujours adhéré à cette forme d'idéal. Quant aux points de controverse à mon sujet, peut-être vous serai-je utile si vous me dites ce qu'ils sont.
- La plupart d'entre eux concernent votre action au pouvoir et je préfère ne pas vous en parler maintenant mais lors de ma visite dans quarante ans.
- Au moins, à ce moment là, vous n'aurez pas à m'expliquer qui vous êtes et d'où vous venez car je ne risque pas de vous oublier d'ici là.
- En effet répondit Ashley amusée, mais paradoxalement ce qui nous préoccupe pour le moment est le livre de mémoires que vous avez écrit dans les dernières années de votre vie. Certains détails de votre livre concernant votre jeunesse font encore couler beaucoup d'encre.
- Lesquels?
- La controverse tourne autour de trois points essentiels que j'aimerais que nous développions ensemble. Le premier concerne votre situation financière actuelle. Dans votre ouvrage, vous prétendez être parti de rien et qu'avant la célébrité votre emploi dans la compagnie d'assurances était votre unique ressource. Certains par la suite ont prétendu que c'était faux et qu'en fait vous avez toujours été, grâce à une incroyable série d'héritages, très riche. L'argent que vous aviez de coté dès l'age de dix-huit ans vous aurait servi pour votre réussite et de plus, vous vous seriez inventé une fausse image modeste. Vous en conviendrez, c'est un sujet épineux. Qu'avez-vous à répondre à ce sujet?
- Je suis en mesure de vous informer très clairement répliqua Tom sur un ton très assuré, je viens d'avoir vingt-cinq ans, je n'ai jamais touché d'héritage et je ne vis que de ce que je gagne.
- Fantastique répondit Ashley sur un ton enthousiaste. Vous ne pouvez pas savoir combien de gens vous soulagez. Décidément je suis encore plus convaincue à vous entendre de votre aspect très humain.
- Quel est le point suivant ? Interrogea Tom.
- Le second point, qui est moins important, est en quelque sorte lié au premier. Dans votre livre, vous racontez qu'avant votre célébrité, il vous arrivait de voler dans des magasins….
D'un seul coup, Tom se mit à rougir.
- Mais non rassurez-vous dit Ashley en riant, je vous l'ai déjà dit, j'appartiens à une époque où l'on ne bannit plus les voleurs. Ce que je voulais vous dire par contre c'est que beaucoup prétendent que vous avez inventé cette histoire de vols pour humaniser et vulgariser votre image de marque et surtout pour cacher une fois de plus le fait que vous étiez très riche. Alors ? Est-ce vrai ?
- Il m'arrive de voler dans un magasin de livres et de disques. Je fais ça… comme ça pour m'amuser un peu et parce que je suis un peu fier de la manière employée. En fait j'achète toujours un ou deux articles mais avant de passer à la caisse j'arrive toujours à fourrer un article dans mon sac grâce à une manipulation dont j'ai le secret. C'est juste un petit vice. J'ai dû faire ça une cinquantaine de fois.
Ashley semblait émerveillé. Puis en pointant son doigt vers la commode elle dit:
- Je suppose qu'il s’agit de tout cela?
Tom fit un signe négatif de la tête et se leva pour aller dans la direction de sa fameuse armoire à trophées. Quand il l'ouvrit Ashley s'écria d'un ton triomphal:
- Oui la fameuse armoire dont vous parlez dans votre livre!
- Eh bien si j'en parle avec autant de précision, où est la controverse ?
- Elle vient du fait que vous refusez de dévoiler comment vous vous y preniez pour faire disparaître l'objet volé. Vous prétendez que même lorsqu'on contrôlait votre sac à la sortie du magasin on n'y trouvait pas l'article volé. Il faut que je vous explique que la société du vingt-troisième siècle n'a plus vraiment foi en la magie et une fois de plus il n'est pas étonnant que certains aient des doutes.
Tom qui s'était rassit entre-temps, saisit le petit sac à dos qui était à portée de main et dit :
- Vous voyez ce sac Ashley ? À première vue il ressemble à n'importe quel sac de mon époque. Mais regardez bien ajouta-t-il en écartant à ses extrémités l'ouverture du sac, regardez là… il y a un double fond.
Avec sa main il montra à Ashley le double-fond en question.
- Alors tout s'explique, dit-elle satisfaite tout en manipulant elle aussi l'ouverture du double-fond dans le sac.
- De plus, ajouta Tom, le fond du sac est renforcé, ainsi même en le tâtant par en bas, on ne peut pas sentir la présence d'un objet. Ingénieux n'est-ce-pas ?
- Oui, répondit-elle en riant, et voilà un autre petit mystère élucidé même s’il ne s'agit que d'un petit détail. Le troisième point par contre semble un peu plus sérieux. Dans votre livre, vous ne mentionnez qu'un seul mariage, celui que tout le monde connaît ; sauf vous pour le moment, mais je ne vous en dirais pas plus à ce sujet. Par contre certains historiens prétendent que vous aviez déjà été marié dès l'âge de vingt ans. Votre mariage serait resté entièrement secret et votre première femme aurait péri dans des conditions obscures.
À ces mots, Tom se mit à rire de bon cœur.
- Mais c'est entièrement faux. Je ris parce que j'aurais bien aimé que ce soit vrai mais jusqu'à présent la seule vérité est que l'amour ne m'a encore jamais souri.
- Je peux vous dire qu'à ce niveau, ça ne saurait tarder répondit-elle à demi-voix.

Tom s'aperçut qu'Ashley s'était rapprochée de lui. Il sentit la main de celle-ci frôler son épaule. Il ne réagit pas. Soudain, il sentit une violente piqûre sur son épaule. Cinq secondes plus tard, il perdait connaissance….

10 heures 15

Tom était dans le bureau de son supérieur monsieur Paul.
- Monsieur Paul, je suis désolé d'être en retard ce matin mais j'ai été pris d'un malaise la nuit dernière et j'ai mal dormis.
- Oh ça va, répondit le patron agacé, c'est vrai que vous arrivez à l'heure en général mais ne vous avisez pas à trop récidiver car votre prochain malaise risque d'être une lettre de licenciement.
- Bien monsieur mais…
- Sinon, interrompit monsieur Paul qui n'était vraisemblablement pas de bonne humeur, je remarque que votre travail prend de plus en plus de retard ces derniers temps alors faites attention Martin je vous ai à l'œil.
- Bien monsieur.

Tom sortit du bureau de monsieur Paul pour s'installer dans le sien. Sa table était inondée de do*****ents par lesquels il ne savait pas par où commencer. Surtout après une nuit pareille ! Après sa longue discussion avec Ashley et après avoir perdu connaissance, il s'était réveillé seul, assis sur son divan et bien en retard. C'était clair qu'il n'avait pas rêvé de cette fantastique visite nocturne d'autant plus qu'il sentait encore la cicatrice de la piqûre qu'il avait reçu à l'épaule. Par contre il avait un mal fou à faire de l'ordre dans ses idées. Jamais il ne s'était senti, comme ce matin-là, écrasé par la paperasse, écrasé par son patron et écrasé par la vie, alors qu'on venait justement de lui dévoiler qu'il était le futur maître du monde. Cela semblait à première vue tellement paradoxal. D'un autre coté, l'éventualité d'arrêter ce travail prochainement lui semblait très plausible et très adaptée à la situation. Tous comptes faits, en ce matin qui succédait à sa rencontre avec Ashley, Tom était optimiste. Mais il était également très fatigué. La seule chose qui l'intéressait en fait, c'était que la journée se finisse, qu'il rentre chez lui le plus vite possible et qu'il écoute enfin ce disque de Leonard Cohen qu'il n'avait pas encore entendu jusque-là.

Vendredi 4 juin 2004
17 heures 10


Tom venait de finir de travailler et faisait à pied le chemin qui le ramenait chez lui. Ainsi s'achevait une semaine qui avait bouleversé sa vie. Près de trois jours après la visite d'Ashley, il avait enfin réussi à contrôler la situation et à relativement rétablir son calme. Tout en marchant, il essayait de se mettre dans la peau du personnage qu'il allait devenir, il essayait de marcher comme un président, de regarder les autres à la manière du président Martin. En regardant les gens marcher dans la rue justement, il ressentait comme un privilège, celui d'en savoir un peu plus que les autres sur son destin. C'était un peu ça songeait-il, être le maître du monde.
La vue de la porte d'entré du magasin de disques et de livres où il avait ses fameuses habitudes, l'avait soudainement ramené à la réalité. D'une part, rien ne pouvait encore lui démontrer l'authenticité de ce que lui avait dit sa visiteuse et d'autre part, même si tout cela était vrai, ça n'appartenait pas au présent et l'avenir viendrait de façon naturelle. Pour le moment il devait rester lui-même, le Tom Martin de 25 ans qu'il était.
Il poussa la porte et entra à l'intérieur du magasin.
Cette fois, il ne se consacra qu'au rayon des CD. Il en choisit trois : 'Let It Be …Naked' des Beatles, 'Café Ireland' qui comme son nom l'indique contient des chants irlandais et 'Carmina Burana' de Carl Orff qu'il voulait depuis longtemps.
En attendant son tour devant la caisse, il entreprit son habituelle manœuvre consistant à cacher un des CD au fond de son sac. Au moment même où il faisait bouger la séparation du double fond, il ressentit quelque chose de nouveau par rapport aux fois précédentes car désormais il y avait une autre personne qui connaissait l'astuce. Évidement, cela n'avait aucune importance car elle vivait dans un futur lointain mais cela lui donnait l'impression bizarre qu'on le regardait faire. Apres avoir caché l'article, il releva la tête et constata avec satisfaction que personne autour de lui ne l'avait vu et ne semblait douter de quoi que ce soit.
Apres avoir réglé son achat et après avoir emballé et rangé les deux disques payés, très satisfait de lui-même, il prit la direction de la sortie lorsque soudain, un homme s'intercala sur son chemin à peine un mètre de lui.
- Je suis le directeur de ce magasin dit l'homme d'un ton grave, pourriez-vous me suivre s'il-vous-plait?
- Vous suivre ? Interrogea Tom complètement interloqué.
- Oui. Venez avec moi dans mon bureau.
Tom se résigna à le suivre. Une fois à l'intérieur, il fut encore plus étonné d'y voir quatre policiers en uniforme. Debout derrière son bureau, le directeur dit tranquillement à Tom:
- Je vais vous demander de vider votre sac à dos et d'en déposer son contenu sur la table.
- Mais….
A la vue des policiers, Tom préféra exécuter les ordres. Après que Tom ait déposé sur la table le sac en plastique contenant les disques qu'il avait payé à la caisse, son portefeuille et un étui à lunettes de soleil, le directeur du magasin s'empara du sac en plastique qui contenait les achats et en sortit le ticket de caisse. Apres avoir vérifié que le contenu correspondait au ticket, il dit à Tom:
- Jusque là tout va bien.
Tom en fut soulagé pour quelques courtes secondes uniquement car sa stupeur s'agrandit lorsqu'il vit son interlocuteur plonger sa main à l'intérieur du sac à dos et après quelques secondes en ressortir le disque volé et le déposer sur la table. Tom était terrifié.
- Comment justifiez-vous la présence de cet article dans votre sac à dos? Demanda le directeur.
- Mais je ne sais pas essaya Tom dans un moment de panique, il doit s'agir d'une erreur…
Il n'eut pas le temps de poursuivre car un des policiers intervint tout en fixant Tom:
- Monsieur, vous êtes en état d'arrestation pour vol !
- Mais répliqua Tom, vous n'avez pas le droit ….
Tom ne pu ajouter un mot de plus car deux des policiers s'étaient jetés sur lui et l'ayant rapidement maîtrisé physiquement, un troisième policier lui passa immédiatement après les menottes.

18 heures 10

Tom attendait assis sur un banc du couloir du poste de police. On lui avait enlevé les menottes mais un agent le surveillait. Un autre agent sortit du bureau d'en face et fit signe à Tom qu'il pouvait entrer à l'intérieur à sa place.
Une fois dans le bureau, Tom reçut un nouveau choc car il avait très bien reconnu la personne qui l'attendait assise derrière le bureau.
- Ashley ! Hurla t’il.
- Capitaine Ashley répondit-elle avec autorité. Assieds-toi !
Il n'en croyait pas ses yeux, la même personne que l'autre nuit mais cette fois habillée comme tout le monde et apparemment beaucoup moins sympathique.
- Alors, poursuivit-elle, sais tu que pour ce genre de vols tu peux recevoir plus de cinq ans?
- Mais non, suppliait-il, je vous jure que c'est la première fois que je fais ça et…
- La première fois ? Demanda-t-elle avec une pointe d'ironie. Ben voyons ! Tu as déjà oublié notre petite conversation nocturne ? Dois-je te rafraîchir la mémoire?
Elle appuya sur le bouton d'un tout petit appareil à cassettes qui était posé sur le bureau. Du magnétophone on entendait clairement la voix préenregistrée de Tom disant ceci :

"Il m'arrive de voler dans un magasin de livres et de disques. Je fais ça … comme ça pour m'amuser un peu et parce que je suis un peu fier de la manière employée. En fait j'achète toujours un ou deux articles mais avant de passer à la caisse j'arrive toujours à fourrer un article dans mon sac grâce à une manipulation dont j'ai le secret. C'est juste un petit vice. J'ai dû faire ça une cinquantaine de fois."

Le capitaine Ashley appuya sur un bouton du même appareil et il redevint silencieux tout comme Tom qui fixait le magnétophone d'un regard complètement dévasté. Il venait enfin de comprendre qu'il n'était pas le futur président du monde mais en fait le dernier des imbéciles et qu'il s'était bien fait avoir par cette policière.
- Evidement, poursuivait-elle, au moment où je te parle, nos hommes sont à ton domicile où ils récupèrent le contenu de l'armoire que tu as bien eu l'amabilité de me montrer.
Elle se tut quelques secondes puis repris la parole sur un ton moins agressif et plus pausé :
- Ça faisait longtemps que j'étais à tes trousses Martin mais je ne pouvais pas te coincer tant que je ne savais pas le secret du double fond de ton sac. Ta combine aurait pu être parfaite si tu n'avais pas négligé le fait que la police a elle aussi des méthodes infaillibles, notemmment pour faire délier les langues.
Tom n'en pouvait plus. Il ne disait rien, il était pâle et des larmes commençaient à couler sur ses joues.

Et puis, sur un ton officiel et presque indifférent, le capitaine Ashley dit lentement :
- Nous sommes le vendredi 4 juin 2004, il est 18 heures 24, vous êtes à partir de maintenant en garde à vue pendant 48 heures. Vous n'êtes pas obligé de répondre à nos questions, vous avez le droit de téléphoner à un avocat et de voir un médecin si c'est nécessaire. Veuillez déposer ici vos lacets et votre ceinture.

Samedi 5 juin 2004
1 heure du matin


Seul dans l'une des petites cellules du poste de police, Tom ne dormait pas. Il était à la fois songeur et inquiet. Il se remémorait comment son petit monde à lui s'était effondré en quelques heures à peine. Il y a seulement huit heures, il était encore le maître du monde qui marchait dans la rue triomphalement et là maintenant il était un moins que rien qui était capable de croire tout ce qu'on lui disait.
Son futur proche ne le tourmentait pas trop. Il savait que d'une manière où d'une autre, grâce à l'aide d'un avocat et du fait que jusqu'à présent son casier judiciaire était vide, il réussirait tant bien que mal à sortir de cette mésaventure.
C'était son destin qui l'inquiétait et ce qu'il adviendrait vraiment de lui dans trente-cinq ans. Et aussi dans quel monde vivrait-il. Il ne put s'empêcher de penser qu'apparemment même l'officier de police le plus cynique, le capitaine Ashley en l'occurrence, semblait se poser également le même genre de questions existentielles car il y avait une chose dont il restait certain c'est que même si elle jouait le rôle d'une visiteuse venue du futur, elle était tout de même un peu sincère quelque part.
Mais en fait, pensa-t-il, le faux avenir qu'elle avait prédit n'était pas complètement irréalisable.
Ce qui était certain en tout cas, c'est que ce jour-là depuis sa petite prison et après ses déboires du jour, il avait appris quelque chose de clair concernant le futur: il est rempli d'imprévus.

28/03/2005
Proposé par : David
 
 
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