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Pere mit Scion
NouvellePère mit Scion est une nouvelle rentrant dans le cadre de Hymne-à-Lahya, un projet de Snakeloup...

Le feu crépitait dans l'âtre, lançant de temps à autre des étincelles dans la pièce. Je me reposais, comme à mon habitude après une journée de travail, dans mon fauteuil préféré. J'avais acquis le matin même un excellent tabac provenant directement de nos colonies asiatiques, et je le goûtais en ce moment même en relisant le dernier Stoker. De temps en temps je jettais un coup d'oeil à la fenêtre contre laquelle le vent pressait la neige, et je savourais de plus belle ce -décidémennt- succulent tabac indien en me disant toutefois que le redoux de Mars se faisait un peu désirer cette année. Je n'en étais que plus heureux d'être au chaud, devant la cheminée, un bon livre entre les mains et une bonne pipe au bec. Non seulement les murs de cette vieille batisse résistaient très bien au froid, mais de plus la réserve de bois contenue dans le parc ne risquait pas de décliner avant plusieurs générations. Merci encore votre majesté pour ce magnifique cadeau. Je rajustais mes lunettes en soupirant d'aise, et replongeais ensuite dans ma lecture, sans plus me soucier ni du vent qui faisait ronfler le feu, ni de Rudyard qui classait des papiers à mon bureau. C'était quand même un bon assistant, un peu mollasse, mais heureusement trop heureux de m'aider pour faire du mauvais travail. Sainte mère, mais ce tabac va disparaitre trop vite si je continues comme ça! Je me poussais au fond du siège, après avoir arrosé Dracula de la fumée de pipe, quand des coups retentirent à la porte. Je regardais Rudyard. Il compris, et se leva pour aller ouvrir. J'éssayais de finir ma phrase, mais le bruit provenant du hall m'en empêchais.

-“Qu'est-ce que c'est?” demandais-je, légerement irrité
-“Un visiteur, père” me répondis Rudyard.
Allons bon! Qui a bien pu se perdre jusqu'à notre porte? C'est pourtant trop tard pour que Calloway revienne, surtout avec un temps pareil. A moins qu'il n'ais oublié quelque chose? Non, je ne crois pas que sa fégnantise, disparaisse de sitôt, même s'il devait oublier son âme au diable, il ne viendrait pas la chercher avant l'heure d'ouverture. Alors? Comment, même par un temps comme celui-ci où l'on ne voyait pas à dix mètres, pouvait-on avancer involontairement jusqu'au pas de ma porte? La route est trop loin, le chemin trop droit, c'est forcément une visite volontaire. Mais qui? Qui ose donc venir vtroubler ma retraite de sa présence indésirée. Il n'y a que Calloway, mon représentant en ville et Helmutt, notre jardinier prussien qui ont droit d'accés à cette baraque. Bon sang, si on peut même plus fumer une pipe tranquille. Et que fait donc mon paresseux de fils? Il s'est perdu en route ou quoi? Ah ben tient, quand on parle du loup, le voilà qui passe justement devant, comme pour retourner à sa table de travail. J'allais lui demander vertement où étais cet importaint quand j'entendis une voix familière. Elle dit juste mon prénom.

Un accent italien depuis longtemps oublié résonna dans ma tête. Je n'en revenait pas, et sous le coup de la surpise je manquais lacher ma pipe sur l'innestimable livre reposant sur mes genoux. Heureusement que j'ai de bons réflèxes et une mâchoire à à toute épreuve. Je serrais vivement les dents, évitant un double carnage. Je rajustais le tuyau sur mes lêvres, pour me ménager un espace suffisant d'articulation, les lunettes sur le nez, vérifier que je ne parlais pas à un fantôme, et me levais. Je sentis les articullations grincer contre cet effort imprévu, mais la raideur qui m'envahissait ne venait pas que de l'inaction. Mon cerveau embrumé avait du mal à recoller à la réalité, je ne m'étais pas encore retourné que je sentais déjà sa présence dans mon dos. Comme au bon vieux temps toujours la même impression de sécurité et de dangers mélangés qui émanent de cet homme. Je finis de me retourner, pâle probablement, raide sûrement, et la respiration courte. Je croisais son regard, il était devant moi. Bon sang! Ça nous ramène combien de temps en arrière cette rencontre? Je me sentais redevenir jeune homme devant ce visage ressurgi de mon passé. Je me remémorais en un court instant notre première rencontre, à l'armée, dans le corp de chasseur où mon père m'envoyais. Il étais comme moi, un éxilé, déraciné de sa famille, délocalisé dans un univers qu'il ne connaissait pas, dépaysé. Nous nous rapprochâmes naturellement, pour mieux nous auto-proteger je penses. Nous sympathisâmes rapidement, et je devins vite fasciné par son optimisme et sa verve toute latine.

Mais déjà à cette époque, malgrès le décalage, malgrès le choc, il dégageait déjà une aura intense. Presque la même que celle que je sentais, à fleur de peau, en ce moment. Il se tenait, droit, le regard franc et ouvert, les cheveux bouclés coupés courts. Je remarquais les nuances poivre et sel, lui aussi se laissait ratraper par l'âge. La fine barbiche... je l'avais presque oubliée. Tient? Elle aussi grisonne?
Ah! Ce petit sourire en coin, tu dois penser que je me fait vieux aussi? La joie de le revoir, me déborda brusquement, et j'éxhultais alors bruyamment.
-“Giovanni, Sacré nom! Comment vas-tu, éspèce de vieux gredin?” Et dans le même mouvement, nous nous jettions littéralement l'un sur l'autre, donnant de grandes claques dans le dos. J'étais heureux que mon visage soit tourné vers le mur, je n'aurais pas aimé que Rudyard le voie à cet instant. Voilà bien la contradiction des hommes! Je retrouves mon meilleur ami, que je n'ai pas vu depuis Dieu seul sait quand, et je fais quoi? Je me demande comment réagiras mon gamin... état de choc. Tient en parlant, il faudrait peut-être que je fasses les présentations? Aussi je me décolais.
-“Laisse moi te présenter mon fils, Rudyard. Rudyard, voici l'un de mes plus anciens et meilleur compagnon de carnage: Giovanni Céapari. Déclamais-je fièrement. C'est alors que je remarquais l'attitude benoite de mon garçon. Pas assez trempé ce caractère, il va falloir faire quelque chose. Et bien? Continuais-je, ne reste donc pas comme ça, la bouche ouverte et va plutôt nous chercher l'armagnac et trois verres. Allez mon bonhomme, du nerf et du jarret!”. Je le vis partir vers le hall, j'eus peur un instant qu'il ne continuasse tout droit, mais non, ouf, il a bien pris le chemin de la cuisine.
-“En attendant , viens donc t'asseoir sacré vieux sacripan, que deviens-tu depuis tout ce temps?”
-“Et bien, je voyages beaucoup, je travailles pour une société de traitement minier en tant que responsable de clientèle. C'est pas facile, mais la paye est bonne et régulière, et surtout ça me laisse du temps libre grace auquel je découvres beaucoup de nouveaux paysages, un peu aussi par mes fréquents déplacements en France, dans leurs collonies, ou simplement dans les notres pour l'entreprise, et toi?”
-“Comme mon père l'avais prédit, tu te rappeles? J'ai repris son étude et son cabinet, mais je ne vais presque plus à son bureau en ville, j'officies ici la plupart du temps. Mais j'ai longtemps travaillé pour Sa Très Glorieuse Majésté, qui m'a remercié en m'offrant cette maison où nous sommes et une petite rente, mais au fait, comment m'as tu trouvé?”
-“Facilement: ton étude est célèbre, je n'ai eu qu'à demander à un policeman à mon arivée, et là bas j'ai rencontré ton coolie, qui m'a donné ton adresse en voyant les gages que j'offrait. De là je n'ai eu qu'à demander mon chemin. Mais, comme tu as pu le remarque, j'ai été surpris par la tempête ce qui m'a légérement retardé.”
-“Au point où nous en sommes, ça fait combien de temps que nous ne nous étions pas vu?” demandais-je à brûle-pourpoint. Comme avant, j'adorais toujours autant me laisser bercer par son accent latin, par sa voix grave, envellopante, et par ses deux yeux marrons qui pétilaient comme ceux d'un adolescent. Pétillaient? Il me prépare quelque chose ce filou là!.

Mon gamin revint bientôt avec l'armagnac, et le cognac Je ne pus m'empécher de l'admonester.
-“Tu en as mis du temps, j'avais demandé le cognac aussi?” Je remarquais le sourire en coin de Giovanni, complice et malin. J'allais dire autre chose en voyant l'hésitation de Rudyard, mais il se décida enfin à poser le plateau sur la table et à s'asseoir. Je me penchais donc aussitôt vers l, pour attraper l'alcool. Héritage d'une longue habitude, j'ai toujours aimer sentir ce liquide me coulant entre les doigts, au travers du verre. Sentir la bouteille qui s'allégeait en éméttant un léger glougloutement, et après savourer cette liqueur que je venais de tenir dans le creux de ma main. Je goutais toujours autant le plaisir de cette sensation qui coulait dans les verres en même temps que le liquide ambré.
-“Où en étions nous?” dis-je, un verre à la main, la pipe éteinte dans l'autre.
-“Nous abordions cette cochonnerie sentimentale qui nous fait nous rendre compte à quel point nous sommes devenus de vieux croutons décattis. Tu te rappeles? L'armée?”
-“Bien sur, comment pourrais-je jamais oublier ce fameux soir, quand nous avons fait le mur pour la première fois?
-“Oh oui! On avait fugué jusqu'au port, pour y boire une choppe”
-“Et on a bien failli ne jamais en ressortir”
-“Tu parles! On étais complétement ivres”
-“Et l'instructeur qui était venu nous chercher, il était pas ivre lui aussi?”
-“Pire que nous, on en a bavé au camp le lendemain”
-“Ma première gueule de bois, mais pas ma dérnière, qu'est-ce qu'on sétait mis”
-“Tiens ressert moi un peu de ce nectar... il est vraiment très bon”. Je notais son trouble, et me lançais dans la faille, tout en sachant très bien qu'il n'attendait que ça.
-“Qu'est-ce qui t'arrives? Parle le coeur ouvert!” lui intimais-je
-“Ecoute, hem.”
-“Pas de ça entre nous, on se connait depuis bien trop longtemps pour jouer à ce genre de choses, vient en fait” C'est quand même la première fois que je le voyais hésitant, une feinte ou la réalité? Il semblait vraiment dans l'embarras, et je m'en voulus presque d'avoir été si direct. Presque, seulement. Il se redressa soudain, et me fixa droit dans les yeux, et je compris qu'il venait de jouer un autre de ses tours célèbre.
-“Je pars en éxpédition, articula-t-il, et j'aurais besion de toi, au nom de notre vieille amité”
-“Je savais que tu voulais quelques chose, vieille canaille! J'étais plus surpris par le fait qu'il ait hésité que par la demande elle-même et je continuais donc en ne comprenant pas la raison de son embarras, nous partons où et quand?” Je ne compris qu'après avoir lâché ces mots que ce vieux renard venait, une fois encore, de me pièger à son jeu préféré. Il n'attendais que ça, filou va! Ses yeux me le disait trop bien, il m'avait manoeuvrer à la perfexion, me menant exactement là où il voulais que je sois. Je ne lui en voulais pas, après tout, j'étais d'accord pour quitter un peu l'Angletterre, et un séjour à l'étranger ne me dérangeais aucunnement. Giovanni exhultait, il consenti toutefois à me répondre:
-“Le plus tôt possible, avant l'hiver prochain de préference, mais il faudra avant tout s'occuper de l'équipement” Ce mot me rappela la dure réalité à laquelle je me confrontais. Le pragmatisme a toujours été l'une des vertus dont je suis le plus fier, je lui demandais donc:
-“Pas de problème, de quoi a-t-on besoin?” Il était maintenant clair qu'il fallait parer aux préparatifs, le plus tôt nous partirons, au meilleur ce sera. C'est alors que Rudyard se rappela à notre mémoire en murmurant un faible “on?” Je le regardais, intéreloqué. Son visage prenait une couleur crayeuse, ses yeux reflétaient une peur et une stupéfaction immense, il n'était visiblement pas préparé à une secousse pareille, mais le voir dans cet état par ma faute m'irrita
-“Et bien quoi? Lui envoyais-je assez sèchement. Tu ne va quand même pas rester toute ta vie dans cette grande maison sans voir ce qu'il y a au-delà?”. Allons bon! J'aurais du m'attendre à ce qu'il rebiffe. Mais il n'empêche que je suis son père, et puis quoi? Il se met à pleurer maintenant? Mais qu'il arrête de se comporter comme un môme! Grandis un peu! Des dangers? Des risques? Plus tard! Je savais que s'il ne se calamait pas je le giflais. Je le tançais alors vertement. Je n'allais quand même pas ce gamin me dictait mes actes? Il partit se coucher en nous saluant faiblement.
Sitôt qu'il fut sortit, Giovanni et moi nous mîmes au travail. Il y avait beaucoup à faire, et l'heure tardive n'allait sûrement pas nous aider, non plus mon imbécile de gosse! La première chose qu'il nous fallait était un inventaire détaillé de tous les matériels dont nous aurions besoin. Et ainsi nous commençâmes réellement ce voyage. Mais où allions nous? Je ne le savais même pas, or la destination est primordiale poure savoir ce qu'il faut emmener, j'en fis d'ailleurs la remarque à Giovanni, qui me répondit que nous nous attaquerions à une montagne. Hum! Bien! Des vêtements chauds, des cordes, des sacs, des pieux... La liste commençait à prendre forme, au fur et à mesure nous nottions des idées en rayant d'autre. Et quand le soleil naissant envoya un trait joyeux par la fenêtre, nous avions exactement dans l'idée les achats à faire. Que nous réalisâmes d'ailleurs ensuite, nous armant d'un traineau qui nous servait, à mon fils et à moi, pour les courses, nous partîmes à la vile y faire nos courses. Les fournisseurs furent très compréhensifs. Il faut dire que le vieux Alrey m'avais connu tout gosse, et c'était pour lui une joie de pouvoir me rendre ce genre de service. A peine une heure plus tard le ballet des charettes déposait ses fardeaux dans le hall. Les malles, achetées en premier, s'emplissait, au fur et à mesure des arrivages, d'un amoncellement d'objets tant divers qu'étéroclites. Puis nous saisirent les sacs, et leur firent subir le même sort, y enfonçant joyeusement les brics et les brocs que nous venions d'acquérir.

Bien des heures plus tard, l'amoncellement s'étant réduit aux malles, je me résolus à faire enfin du café. Ça faisait des années que je n'avais pas passé une nuit blanche pareille. Je déposais les trois tasses fumantes sur la table, et vis aussitôt Rudyard, par l'odeur alléché, descendre de sa chambre.
Je laissais Giovanni partir acheter les billets pour le bateau, réserver la chambre et s'occuper des dérnières formalités tandis que je bouclait les derniers bagages avec l'aide de mon fils. La journée se passa tranquillement, je soldais mes affaires en cours, confiant à Calloway le soin de surveiller les courantes. Nous partîmes peu après l'heure du thé, d'abord en calèche, puis en train jusqu'à Londres. Le paquebot nous attendait, fièrement, se tenant droit sur le bord du quai. En sentant l'air du large, je me dis que je ne regretterais pas ce voyage. J'avais l'impression de réavoir vingts ans, de battre la campagne au côté de mes compagnons d'arme, j'étouffais un soupir:il me faudrait patienter un peu avant de pouvoir reprendre la mer. Nous logeâmes à l'hôtel et embarquâmes le lendemain matin. Le périple débutait.
A peine les malles déposées dans la cabine, nous partîmes, Giovanni et moi, en reconnaissance, laissant au novice le soin de découvrir les plaisirs du rangement de bagages. Nous parcourions le pont supérieur, admirant la vue plongeante vers la piste de danse/terrasse en plein air, quand j'apperçus le capitaine, aux côtés d'une très jolie indienne. Je donnais un coup de coude à mon compagnon
-“On y va?” Il me répondit par un clin d'oeil. La classe dans laquelle nous voyagions ne nous permettant pas d'accéder à certains privilèges, il nous fallait les conquérir à la force de la parole. Hardis, nous descendîmes tenter de le corrompre, nous avions certainement dans nos besaces quelque chose à échanger contre les accès demandés. La mine haute, le complet bien coupé, nous nous approchions de notre proie, prêt à la charge ou à l'encerclement. Abandonnant à regrets la charmante demoiselle avec qui il discourait, il se tourna vers nous... fatale erreur. Le duel fut engagé par Giovanni, qui de sa verve latine ammorça une attaque en souplesse. Je suivais le mouvement, un peu plus raide que mon binôme à cause de mon accent britannique, mais réussi à porter l'estoc au flanc. Il recula, ne sachant trop comment répliquer à pareille abordage. Mon partenaire en profita pour placer une de ses bottes préférées, qui capta toute l'attention du capitaine, ce qui me donna l'occasion de l'achever d'une superbe tirade de mon cru. Vaincu, il nous octroya les privilèges des premières classes, et nous invita à sa table, afin de prendre sa revanche, ce qui n'allait pas être une mince affaire vu l'équipe de bretteurs à laquelle il voulait s'opposer. Nous dédaignâmes tout d'abord l'offre, mais il insista tant et si bien, que nous ne pûmes faire autrement que de le satisfaire. Aussi, quand le soir même j'annonçais d'un air badin la nouvelle à mon rejeton, il me regarda d'un air éffrayé, comme si je venais de tuer quelqu'un. Ce n'était pourtant qu'un échange entre gentilhommes, non? La soirée fut absolument divine, et le capitaine nous régala en dessert d'une histoire de piraterie célèbre, mais racontée d'une façon telle qu'elle manqua nous faire blêmir de honte en comparaison de notre propre manoeuvre de l'après-midi. Il promettait d'être un adversaire coriace. J'offris pour la peine le premier cigare de la boite à Rudyard, et lui enseignais la juste façon de le déguster, ce dont il s'accomplit avec force dévouement et, je dois bien le dire, de talent. Giovanni sirotait le sien, affalé dans un grand fauteuil de cuir quand le capitaine nous rejoins, portant à chaque bras une femme, et commença une autre joute, l'oeil malin et le sourire aux lêvres. Et, gourmands que nous étions,Giovanni et moi, nous nous jetâmes voracement sur l'appat tendu. La partie qui s'engagea par la suite fut une pure magnificience, et même mon poltron de fils se lança dans l'exercice, avec plus ou moins de bonheur. Plutôt moins que plus d'ailleurs. Mais il eut quand même le mérite de décocher quelques bons traits d'esprit. Et quand le dernier de ceux-ci traversa le capitaine d'une remarque finaude, nous partîmes nous coucher, en les saluant, lui et ses supportrices.
Le lendemain fut lui aussi en tout points splendide, chacun vaquant à ses occupations. Giovanni ayant reniflé la piste d'une riche et jolie veuve, il lui faisait démonstration de sa manne orale. Dieu seul savait où se cachait Rudyard, et moi je lisais, une couverture nonchallement jetée en travers de mes cuisses, la pipe dans le creux de la bouche, et Dracula dans les mains. Le soir vit un autre feu d'artifice spirituel, qui se termina par une remarque de Rudyard, il est juste regrettable qu'il se soit trompé de cible, et que j'écopasse de sa malignité en lieu et place du capitaine alors hilare, mais la tirade n'était pas mauvaise en soi, je passais donc l'éponge.

Le troisième soir, la jeune femme, avec qui discutait le capitaine le premier jour, vint nous rejoindre à table. Il émanait de son corp souple une aura de mystère, rehaussé par son visage caché. Elle accompagnait une grand-mère dont la présence nous tint coi quelque instant. Même Giovanni, qui abandonnait sa veuve pour participer aux discussions, se tint tranquille aux côtés de cette petite, mais imposante, vieille femme. Mais chassez le naturel... bien que nous restâmes calme, les discussions freinèrent juste, puis reprirent une fois le premier moment de gène passé. Elle participa d'ailleurs à certains récits du capitaine, surtout ceux concernant une certaine région des détroits en mandchourie. Elle disait y avoir vécu, et personne n'osait la contredire tant sa voix imposait le silence, non qu'elle fut forte, bien au contraire. Je remarquais que Rudyard préferait regarder à côté de cette invité de marque, ce que je comprenais tout à fait vu son âge. La jeune femme me regarda un moment, je lus dans ses yeux une once de pérplexité, on aurait dit qu'elle se demandait où nous avions bien pu nous rencontrer. Je la saluais silencieusement, ne voulant ni troubler son aïeule ni éffaroucher ces grands yeux de biche. Cette journée se termina, elle aussi, par une de ces joutes que nous chérissions tous tant, et sur une victoire, encore, de Rudyard, sur Giovanni cette fois. Décidemment ses tirades sont bonnes, il faut juste qu'il apprenne à viser. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de ne pas le voir le lendemain soir. Lui qui commençait un jolie collection de victoires. Cela ne m'empêcha pas de passer une bonne soirée, bien au contraire puisque son absence me permit d'obtenir le dernier mot. Mais quand je retournais dans la cabine, et que je la trouvais vide, je me demandais où il avait encore bien pu se perdre. Résolument, je partis à sa recherche. Je le trouvais accoudé au bastingage du pont inférieur, en grande discussion avec l'indienne, mais à visage découvert. Le clair de lune qui irrisait sa peau brune la rendait vraiment très belle. Je m'approchais, mais aucun des deux ne réagit jusqu'à ce je pose la main sur l'épaule de mon joli-coeur de gamin. Il s'excusa, rougis, s'excusa de nouveau, commença les présentations, et fut coupé par sa compagne. A mon grand dame sa voix me fit l'effet d'une cascade de printemps murmurant au fond de la forêt. Pendant un instant je crus ma défunte épouse revenue me sussurer de tendres paroles de cette même voix. Mais je revins vite à la réalité, et empoignais séverement ce faux-fils que je tirais jusqu'à la cabine. Dès lors nous ne vîmes plus guère Rudyard qu'au moment des repas, hypnotisé par cette demoiselle, mais ce tenant à distance respectueuse. J'ignorais que mon fils était si timide: il n'osait même pas adresser la parole dans cette direction, à moins que l'aïeule et sa voix chevrotante le décourageassent. Giovanni, maintenant que les histoires devenaient moins intéressantes, travaillait sa veuve au corp, mais suivait toujours les duels enflammés que nous jouttions contre le capitaine. Je me sentais heureux pour Rudyard qui découvrait là sa première véritable experience féminine en dehors de sa regréttée mère. Le reste du voyage se déroula ainsi, mon enfant occuppé par Indra, Giovanni se distrayant entre sa veuve et nos matchs, et moi me passionnant pour les oeuvres fantastiques que pondait ce siècle. Bref, tout notre petit monde roucoulait joyeusement avant notre destination. Nous l'atteignîmes bien des jours plus tard, et la descente fut d'une part une séparation cordiale sur une vague promesse de garder le contact, et de l'autre une déchirure sentimentale avec le projet de se revoir coute que coute. Le panache de la sagesse face à l'apanage de la jeunesse.
Sitôt débarqués, nous laissâmes Indra continuer son destin, au grand martyr de Rudyard qui la regardait partir le coeur au bord des yeux. Je le réconfortais de la seule façon que je connaisse: en posant la main sur son épaule. Il tressaillit. Je ressentis à cet instant à quel point le petit garçon que m'avais laissé sa défunte mère devenait de plus en plus homme. J'en conçus, curieux mélange, de la fiérté, de la tristesse, du respect et quelques autres que je ne cherchais pas à identifier. Giovanni aussi laissait paraître, cas exceptionnel, des manifestations de soutien sincère. Après un dernier regard en direction du point où elle avait disparu, il nous suivis jusqu'à l'hôtel. En chemin nous réglions les détails logistique: le guide, les transports, les bagages, et toutes ces babioles nécéssaires à l'ascencion d'un pic. Giovanni refusait toujours de nous dire exactement de quoi il retournait, et la seule chose que nous savions était que l'on avait à gravir une montagne au nord de l'Inde. Pourquoi? Pour aller où? Quelle était la véritable finalité de ce voyage? Il n'était vraiment pas nécéssaire de continuer à poser des questions à une pareille tête de mule. Il me surprit cependant quand il s'adressa à Rudyard:
-“Il est dommage que ton amie n'ai pu nous adresser un guide. Cela aurait été plus simple!”. Je le regardais, ébahi, comment osait-il troubler un moment pareil. C'est alors que je vis la réaction de mon fils, il était redevenu pragmatique d'un couo, se consacrant uniquement à la têche qui nous attendait. D'accords, continuons à avancer.
-“Attendons d'être plus prêt de la frontière pour nous renseigner, ce sera cette dépense à faire en moins” rétorquais-je
-“J'ai cru comprendre que le nord est plus froid, les autochtones sont surement mieux armés que les gens d'ici pour lutter contre le froid, vous ne pensez pas?” intervins Rudyard. Décidemment, il a une faculté de récupération que je ne soupçonnais pas!
-“Bien vu mon garçon! Hilary tu nous a pondu une merveille déductionniste. Soit, cap au nord!”. Nous embarquâmes alors dans un train guère différent de celui que nous avions pris pour aller jusqu'à Londres, et qui nous mena directement à Katmandou, capitale du Népal. Laissant un Rudyard épuisé à l'hôtel, nous nous mîmes en quête d'un guide. Nous le croisâmes dans une taverne, un homme court sur pattes, au visage buriné et aux épaules larges, qui sentait le cuir et la laine. Mais ses yeux reflétaient une indicible profondeur d'âme, on sentait que cet homme aimait la montagne et que la montagne le respectait. Il vivait en communion avec son environnement: le déménager c'était le tuer.
-“C'est lui” dis-je à Giovanni, qui me répondit d'un petit hochement de tête. Il dut nous sentir venir, car il planta ses yeux profonds comme le ciel de ce pays droit sur nos têtes. D'un signe amical, il nous invita à nous asseoir, ce que nous fîmes bien volontier en voyant l'enorme choppe de bière qui tronait devant lui. Il ne fut pas difficile à convaincre, la hâte de gagner les sommets, le fait qu'il parlât notre langue et la bière ne furent surement pas étranger à sa décision. Après quelques discussions où il fut surtout questions de formularité tant administratives, financières que logistiques, nous nous séparames en nous donnant rendez-vous le lendemain matin.
Khan nous mena d'abord vers les hauts-plateux qui surplombaient la ville et de là nous partîmes en direction de la ville interdite de Lhassa. Il nous expliqua que les étrangers n'étaient pas autorisés à y pénétrer et qu'un détour serait probablement nécéssaire, mais nous avions compté nous réapprovisionner là-bas, aussi quand nous parvinmes devant les hauts remparts qui bordaient la ville il nous abandonna devant une lourde porte de bois sculpté, avec la liste des courses à faire. Il ne revint que quelques heures plus tard, toutes les fournitures demandées stockées dans son sac. Nous continuâmes donc notre route, vers le nord, toujours plus haut. Nous avencions lentement sur les dénivelés, le temps de s'acclimater à l'altitude. Le soir au coin du feu, notre guide nous narrait des histoires de montagne et de montagnard, il nous berçait de sa voix douce, impressionnant le novice qu'était mon fils. Ses paroles s'évadaient dans l'air cristallin surplombé d'étoiles plus rutillantes les une que les autres, emportant avec elle l'éveil de nos sens et de nos âmes.

L'air commençait à fraîchir, l'air se raréfiait, nous approchions du domaine des neiges éternelles. Le royaume des dames blanches, comme, l'appelait Khan, disant que les sommets enneigés étaient en fait de jeunes vierges enlevées par les dieux des montagnes. Longtemps avant que l'homme ne se décide à marcher, les dieux des montagnes kidnappèrent toutes les jeunes filles d'un clan et les menèrent au sommet et où ils les couvrirent. Les larmes de douleur qui roulèrent sur les joues de ces femmes devinrent les premiers flocons de neige, qui se répendirent sur les lits nuptiaux des sommets. Plus tard la douleur se transforma en résignation, de la résignation naquit la tendresse et la tendresse en devint finalement amour, et aujourd'hui, à chaque fois qu'il neige, c'est que les amants partagent leurs amours, et si les sommets sont aussi blancs actuellement c'est parce que les étreintes sont fougueuses et fréquentes, ils ont encore beaucoup d'amour à se partager! Le sherpa sembla brusquement grandi quand il nous raconta cette légende, il ne nous menait pas seulement sur les pentes de ces farouches demoiselles mais aussi au fond de leurs âmes et de leurs secrets. Il nous enseigna le respect dû à ces vierges amoureuses du ciel, et il réussit même à nous contaminer de son admiration pour ces géantes ancestrales. Il nous répetait souvent que ces amazones pouvaient aussi bien tuer qu'accoucher. “L'homme qui entreprend cette ascencion, s'il est orgueilleux, sera chatié, mais s'il se montre humble, le chemin lui sera tracé”. Cette phrase résonna longtemps dans mon esprit, qui se tourna naturellement vers mon fils: quelles pouvaient bien être ses pensées?
Alors que mes pensées dérivaient vers mon garçon, celui-ci enlevait ses bottes. Nous étions alors confortablement installés devant un petit feu de broussailles. Je vis soudain Giovanni se précipiter vers Khan et lui demandre s'il avait de quoi faire des bandages. Intérloqué je me tournais dans leurs direction, pour m'appercevoir qu'une gigantesque ampoule barrait le pied de Rudyard. Je fus d'autant plus impréssioné qu'il ne s'était bpas plaint une seule fois. Mon étonnement grandit encore quand le sherpa sortit de son sac des bandes de gaze identiques à celles que j'avais récemment vu dans l'un des meilleur hospice de Londre, et du baume cicatrisant, pour soigner les brûlures, fait à partir de la graisse d'une sorte de bufle local appelé “yack”. Avec ce matériel d'excelente qualité, nous fîmes des bandages sur les pieds ravagés de Rudyard, qui s'étonna qu'on lui emmitoufle les deux alors que seul le droit était atteint. Je lui expliquais que des bandages identiques éviteraient une sollicitation trop importante sur l'autre piedn parant par là-même à des plaies plus graves. La discussion continua, sans que notre patient n'émît le moindre bruit, jusqu'a ce que j'aborde nle sujet des angelures. Il nous surprit tous en annonçant qu'il avait acheté des fruits censé les éviter. J'allais lui rétorquer qu'il s'était fait avoir qaund Khan, vivement intéréssé, demanda à en voir un. Prenant l'espèce de citron pelucheux que lui tendait Rudyard, il certifia que ces “kiwis” avaient effectivement des vertus curatives et préventives, sur les angelures et quelques autre problèmes. Puis, en félicitant mon garçon pour sa présence d'esprit; il lui rendit son fruit en lui disant d'en prendre bien soin. Je demandais toutefois à gouter ces kiwis après le repas. Le gout en était curieux, à la fois sucré et amer, la pulpe verte et ferme renfermait beaucoup de jus, mais c'est vrai qu'après en avoir ingéré je me sentais dans une autre forme, presque prêt à repartir tout de suite à l'assaut de ces pentes, et ce malgrès l'obscurité qui nous environnait. Khan insista en riant pour que je me rallonge, les effets dureraient jusqu'a demain. Je me couchais donc, excité, et m'endormis pourtant comme une souche. Nous repartîmes le lendemain matin, Rudyard boitant un peu, géné par ses pansements, mais il s'habitua rapidement et nous pûmes alors continuer d'avancer.
Khan fredonnait comme à son habitude, nous menant en tête de colonne, silouhette proche et rassurante. Nous continuâmes à monter, tranquillement. Je connaissais enfin le projet de Giovanni: l'histoire des dames blanches l'avait plus impréssioné qu'il n evoulait bien l'admettre, aussi me confia-t-il le secret qu'il nourissait depuis le début: conquérir le plus haut sommet du monde, il en avait, évidemment, parlé à Khan, afin que celui-ci se prépare du mieux qu'il pût. Je ne savais pas trop quoi penser, de la déception qu'il ne m'en n'ai pas parlé plus tôt, de l'exhaltation à l'idée que nous allions laisser nos empreintes sur ces monts immortels, et accessoirement dans l'histoire. Je ne remarquais pas tout de suite, absorbé comme je l'étais, que le ciel s'assombrissait au-dessus de nous, alors qu'il était à peine midi et que l'air fréchissait vite, trop vite. Soudain Khan, qui avait cessé de chantoner, nous hélâ, brutal! Il nous intima de monter les tentes sans plus tarder, son haleine l'entourait d'un panache blanc donnant encore plus de poids à se paroles. La masse noire nous arriva dessus telle une charge de cavalerie. Les chevaux nuageux nous chargèrent en trombe, leurs flancs noirs écumaient déjà les lourdeurs diluvienne. J'entendis Khan hurler:
-“Les tentes, vite, les géants s'aiment encore et ne veulent pas être dérangés”
Bien vite nous fûmes entourés par une cavalcade henissante et mordante qui nous fouaillait les naseaux de son souffle glacé, les étalons, gardiens des sommets sonnaient l'hallali. Leur sueur neigeuse nous envahit bientôt, poussée par leur respiration lacérante. Nous étions assaillis, cérnés, perdus, je ne sentais plus les piquets sous mes moufles, et malgrès la brume qui nous environnait, je les entendait tempêter. Enfin, nous l'avions dréssée, aussitôt nous nous réfugiames à l'intérieur, nous blotissant les uns contre les autres pour résister à cet assaut imprévu. Ils tournaient, galopant de plus belle en nous sachant pris au pièges. La harde s'affolait sur la toile, tentant de la déchirer à coup de crocs et de sabots. Les piquets tenaient à peu près, mais nous en tenions chacun au moins un, résistant du mieux que nous le pouvions sous la fureur de ces équidés porteurs de blizzard. Le siège durait, empli des bruits des sabots contre notre frêle refuge. Puis la horde sembla se calmait, je crus que c'était fini, mais non! Il revinrent à la charge de plus belle, tiraillant, mordant; le troupeau se défoulait sur les géneurs. Ils nous malmenèrent, nous torturèrent, mais ils ne réussirrent pas à nous déloger de ce hâvre que nous avions dréssé comme rempart à leur folie. Puis, au bout d'un moment, je les entendis battre en retraite, comme pour répondre à quelque appel mystérieux. Ils nous abandonnèrent le champ de bataille, nous étions libres et vivant.
Khan sortit le premier, la tête dréssée dans le fin crachin, vestige de la colère de ces ténébreux animaux. Les géants s'étaient aimés, quand recommenceraient-ils? Quand l'assaut serait à nouveau mené, tambour battant, par cet escadron de grêle, de neige et de fureur? Nous repartîmes aussitôt après avoir défait ce mur de toile, cette forteresse à qui nous devions la vie. J'entendis au loin le courroux des étalons, un autre couple qui s'enlaçait? Quoiqu'il en soit, nous reprîmes l'ascenscion, tourmenté par les affres d'une folie sanguinaire, en surveillant constament le ciel qui reprenait peu à peu sa couleur, bleu profond. Le gris disparut pendant que nous grimpions, nous ne nous arretâmes qu'une fois le soleil couché, mais l'on sentait dans l'air comme une menace sourde malgré les étoiles brillantes qui tapissaient le daim moirée de la nuit. Je dormis mal ce soir là, inquiet à l'idée d'être surpris par ces assaillant de nuages et d'ombres. Mais ils nous laissèrent tranquille, aussi nous reprîmes la marche, le coeur un peu plus appaisé que la veille.

Rudyard passait beaucoup de temps aux côtés du guide, apprennant de cet homme granitique des sentiments qu'il ignorait jusqu'alors. Je le voyais se dévelloper et mûrir à travers mes yeux de père, et en concevait à la fois de la fiérté et de la déréliction. Fier de voir mon fils s'épanouir, et désolé que ce ne fut pas moi qui l'instruisit. Mais Khan semblait un très bon professeur, à sa manière empreinte d'humilité et en même temps pétri dans cette roche qu'il vénérait, et plus nous approchions du sommet, plus je voyais mon garçon grandir. Nous avions passé la journée à crapahuter dans les plaines enneigés de ces pics séculaire. Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis l'orage, et seul le vent âpre nous embétait encore parfois. L'air se raréfiait, le but de notre voyage ne se trouvait plus qu'à quelques efforts ultimes, encore quelques mètres, encore quelques dénivelés et nous l'atteindrions! Nous allions dresser le bivouac quand Giovanni, pris d'une soudaine frénésie, partit en courant vers le haut et se tint droit; immobile malgrès les bourrasques brutales qui lui fouettaient le corps. Comme un capitaine à la poupe de son navire, il se tenait en dessus de nous, les mains sur les hanches, cherchant probablement à éstimer la distance et le temps qu'il nous restait à parcourir.
-“Giovanni, redescend! Nous montons le camp! Appelais-je”, le grondement de ma voix térrassa un instant le mugissement du vent et parvins jusqu'à mon camarade, qui me répondit en se retournant:
-“D'accord, j'arrive tout de suite!” Et le voilà qui dévalait la pente, gambadant gaiement dans l'air véspéral. Le vent l'accompagna un instant, jusqu'à griffer nos visages, et se retira en amont, semblant nous attendre comme quelque garde chiourme ou quelque sentinelle froide et professionelle.
La montée se faisait de plus en plus rude, les dames blanches et leurs amants n'aimaient pas les visiteurs, ils retiraient les pans de leurs manteaux sur leurs épaules éscarpées et augementaient ainsi la pente. Les plis qui naissaient aux creux de ces fourrures rendaient la progression dificile. Nous avencions dans un véritable labyrinthe d'hermine et de coton, immaculé. Telle des puces sur une pélisse de vison ou de soie, nous nous agripions déséspérement à ce tissu neigeux, parsemé ça et là de glace et de rocailles. Nous marchions entre les parois raide d'un défilé de haute-couture quand, au détour d'un épaulement majestueux, nous tombâmes sur un monstre rugissant qui barrait la combe. Le vent, génie maléfique, se hissait sur les plis gigantesques pour se muer en tornade. Sa voix de tonnerre nous exhortait à quitter les lieux avant qu'il ne sonne la charge, et comme nous restions plantés là, ne sachant trop quoi faire, il attaqua. Bien vite son souffle haineux nous environna de toute part, jouant avec nos corps endoloris comme un enfant avec des osselets. Voyant que nous résistions, il nous cracha à la figure des monceaux de glaces arrachés aux flancs du corridor. Nous fuyâmes devant son haleine malsaine et nous réfugiames sous une corniche où ses assauts ne risquait plus de nous atteindre, malheureusement la frêle paroi sous laquelle nous nous abritions, surement complice de ce titan, céda et manqua nous ensevelir. Mais c'était sans compter sur la chance légendaire dont Giovanni et moi étions pourvu. En effet, la paroi qui soutenait la corniche s'effondra dans le même moment, dégageant une cavité naturelle dans laquelle nous nous empréssâmes de courir. Un craquement sinistre s'abatit dérrière nous, le mur s'affalait dans le passage, nous condamnant à l'immobilité. Une fois la poussière glacée dissipée, je regardais aux alentours et hélais mes coéquipiers:
-“Rien de cassé?” le ténor de ma voix résonna contre les pics qui pointaient de part en part du sol et du plafond.
-“Non, ça va” répondit le baryton de Giovanni
-“Ici bien” C'était l'alto de Khan, lontain. Je ne le voyais pas mais le son de sa voix me rassura. Mais, et mon gamin?
-“Rudyard?” appelais-je, inquiet. La réponse me vint, une voix faible et comme distante. Je le vis alors, Giovanni à ses côtés. Aussitôt après avoir gémit, il s'éffondra dans les bras de mon camarade qui me rassura aussitôt:
-“Il est en état de choc, ça va passer d'ici peu”. Nous le couchâmes sur une couverture et le couvrîmes du mieux que nous purent, puis commençames à nous attaquer au mur de glace qui nous bloquait la sortie. Nous étions bien avencés quand la victime s'éveilla et vint nous porter renfort. A peine une heure plus tard de suées intense nous avions creusé une brêche suffisante pour passer et par laquelle suintait un pâle rayon de lune. Nous décidâmes d'un commun accord de dormir dans cette grotte qui nous fournissait à la fois un abri contre le vent et la neige.

Nous repartîmes le lendemain, après une nuit de sommeil tranquille. Le sommet n'était plus très loin, je le sentais au travers tout mon être, encore quelques mètres et nous atteindrions enfin le but ultime de ce périple. Nous accostâmes deux jours après l'évenement de la caverne, j'étais en tête, porteur de drapeau oblige, et quand je m'arrétais pour le sceller dans la glace, je restais un instant suspendu; mes pensées venaient, en un bref rappel, de compter les nombres de jours que nous avions passés depuis le départ. Effaré par ce que je comprenais, je me tournais vers le groupe et leur demandais:
-“Mais au fait, vous savez quel jour nous sommes?”. Je vis nettement l'interlocution se dessinait sur les visages de mes compagnons surtout Rudyard et Khan. Giovanni, quant à lui, explosa brusquemment:
-“Mais oui! Bien sur! Et le voilà qui partit dans un grand éclat de rire, puis il se mit à danser un gigue frénétique et folle autour de nous, sautant et cabriollant comme un gamin.
-“Mais vous ne voyez pas? Expira-t-il entre deux fou-rires, vous ne voyez pas? C'est noël! Nous sommes aujourd'hui le 24 décembre, c'est noël les enfants, ha ha ha!
Je vis l'exhaltation attendrir le visage de mon rejeton, il commençait à comprendre. Et d'un coup, sans prévenir, il me prit par la main et nous entraina tous dans une gigue éffrénée. Une fois ce moment de joie sauvage passée nous soupeames de vainde séchée et de kiwis, mets peu appropriés à un repas de fête; mais le gout de la victoire les rendaient moins saumâtres que d'ordinnaire. Après quoi nous nous recueillîmes céremonieusement devant le drapeau, je me sentis pousser des ailes quand j'entamais une prière rituelle. L'émotion me la fit un peu se mélanger, et j'y méllais allègrement les difficultés que nous avions épprouvées, l'allégresse que nous éprouvions, le plaisir que nous avions eu et que nous avions encore, et tout un tas d'autre salmigondis propre à rendre l'atmosphère sacrée qui se dégageait de cette scène. Ensuite nous redéscendimes en laissant dérrière nous le drapeau et les symboles qu'il transportait là où ils étaient, plantés dans le sommet massif de cette haute montagne, dans la colonne dorsale même du monde.
La descente fut nettement plus rapide et facile que l'ascenscion. Seul deux amant qui s'étraignaient nous dérangèrent un instant, mais c'était un couple lointain, et seul leurs cris conjugués parvinrent jusqu'à nous. A peine quelques jours plus tard nous atteignîmes Katmandou, où nous nopus résolûmes à laisser Khan, fidèle et droit. Mais quand nous lui firent nos adieux, des larmes perceaient dans sa voix d'habitude stable. Je fus viollement ému de devoir nous séparer de notre “chère canne” comme nous avion coutume de l'appeler, mais je comprenais qu'il ne souhaitait pas aller plus bas; il dut surement y avoir de la détresse dans mes propres paroles lorsque nous nous séparâmes, mais la vie est ainsi faite. Le voyage en train, bien que bringuebalant de gauche et de droite, nous parut à tous d'un réconfort indicible après ces épreuves passées. Nous atteignîmes Bombay à peine une semaine à près avoir quitté le sommet que nous avions eu tant de mal à conquérir. Je me sentais vide, la léthargie prenait souvent mon corps comme cible, que pouvais-je éspérer de mieux que cet ultime exploit? En arrivant à la capitale, nous eûmes la surprise de nous faire inviter au bar par Rudyard. J'acceptais son offre avec empressement. C'était sans compter sur la fatigue qui m'assaillit traitreusement alors que je me changeais: je sombrais comme une masse entre les doux bras de ces draps de nylons tréssé.
Rudyard, chanceux, en profitta pour retrouver Indra. Je ne sais pas exacetement ce qu'ils se sont dit, la seule chose dont je soit sur est qu'ils ne se sont pas quittés de toute la travérsée qui nous ramenait au pays, à Londre, chez nous!
Les bans furent publiés dès notre arrivée, et le mariage fut célébré un an tout juste après notre départ. J'étais fier de conduire une aussi jolie femme à l'autel. Rudyard avait choisi Giovanni et un de ses amis d'étude comme témoins. Dans la foule, une vieille femme enveloppée d'un long sari couleur or, pleurait toutes les larmes de son corps. Je ne sus que plus tard qu'il s'agissait de la propre mère de la mariée, trop fatiguée pour se lever.
Ce soir, un an juste après le mariage, je me trouves sur la terrasse de notre maison enfouie au fond des bois. Nous sommes en mars et pourtant une neige douce me frôllait les épaules. Je songeais à la légende des dames blanches. Ces amants, à l'étage du dessus, devaient surement s'aimer très fort pour que la neige fut aussi douce. Je sentais mon vieux coeur battre la chamade, je savais que je n'allais pas tarder à rejoindre mes propres pères sur leurs propres sentiers de gloire. Giovanni, comme à son habitude, s'est noyé dans la nature, tandis que je savoure l'un des derniers verres d'armagnac, débouché des années plus tôt. Je m'effondre doucement dans ce coton moelleux, je suis bien. Un immense archange de lumière et d'ether me tend les bras, je le suplie qu'il me laisse au moins terminer mon verre et mon cigare? Acordé fut sa réponse, alors, adossé au mur de cette bâtisse qui aura vu grandir mon garçon, en fumant le meilleur cigare de mon existence, et savourant l'un des meilleurs alcools jamais créé sur cette terre (pourquoi a-t-il fallu que les français aient une telle science des saveurs?) je m'éteins, doucement, comme une bougie que quelque dieu antique aurait soufflé dans un rire malicieux. Giovanni, Rudyard, Indra, je vous lègue ce monde, puisse-t-il être le votre. Vivez en paix, mes enfants, mes amis, mes compagnons. Voyant que j'ai terminé mon verre, l'ange se baisse et me prend dans ses bras. Il m'emmenne rejoindre ma chère et tendre. Ce sera mon dernier voyage, mon dérnier périple, ma toute dérnière ascenscion. Je ne souhaite plus qu'une chose maintenant: que mon fils ait le même bonheur que ce que j'ai pu vivre.
Ils me retrouvèrent le lendemain, assis contre cette solide maison, le verre sec et le cigare éteint, mais je n'étais déjà plus là pour le savoir. Adieu, mon fils, mon garçon, protègez-vous, toi et ta si charmante épouse, de ces coups qui font vibrer l'existence. Adieu à vous, monde avec qui j'ai eu laisir à vivre. Adieu à tous, l'ange m'élève de ses ailes immenses, il m'emmène dans un monde mordoré. Caithlin, je te vois, ô mon aimée, adieu à tous ceux que je j'ai croisé, adieu à tous ceux que j'ai pu aimer. Mon adorée, je te vois enfin, je te rejoins, j'arrives.
Proposé par : Snakeloup
 
 
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