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La Pointe De Flèche d'après Merlin
NouvelleVoici la nouvelle très "bretonne" de Merlin qui va surement vous emmener dans une histoire pleins de mystère, tel sa forêt de Broceliande...

Vous pouvez également télécharger La Pointe De Flèche de Merlin (rubrique téléchargement) afin d'avoir un plus grand confort de lecture mais aussi en débattre sur le forum dans la rubrique dédiée.

Bonne lecture à toutes et à tous.

Chapitre 1 – Le Canadien



Le parking était désert ce matin là. Nous sommes fin septembre et l’automne vient tout juste de faire son entrée. La valse des estivants a enfin cessé son rythme frénétique.

Les routes se remettent doucement du passage intensif des véhicules surchargés.

Cet été a encore une fois vu le fameux camping-car allemand prendre la pôle position du nombre de passages sur les routes bretonnes. Ce véhicule a toujours attiré mon regard.

Cela doit venir du fait qui est souvent calibré à l’image de ses occupants.

Le calme et le doux silence de la nature ont repris légitimement leurs droits.

Le vent commence à se lever et les feuilles jaunissantes des arbres vont bientôt devoir quitter leurs quartiers aériens pour retrouver le plancher des vaches.



Tout en me garant, je pensais à tous ces vacanciers qui le mois précédent tournaient en rond sur cette même place gravillonnée en attente d’une place libre.

Tous pressés de découvrir ce site mégalithique peu connu car souvent effacé par la renommée des grands alignements de Carnac.

Situés sur la commune Morbihannaise d’Erdeven, les alignements de KERZERHO sont les vestiges d’un temps passé que la nature à oublier de reprendre. Son récent aménagement a su capter de suite l’attrait de nombreux estivants désirant être photographiés devant l’un de ces gros cailloux.

De plus, les têtes pensantes de la fin du dix-neuvième siècle ont eu la grandiose idée de faire passer la route départementale en plein milieu de ce champ de pierres. Alors pour ne pas les voir, il faudrait avoir pris un sacré coup de soleil…

La chose dommageable dans cette histoire est qu’il n’y a pas cent ans encore, les menhirs avaient alors bien peu de valeur. Les architectes de ce temps utilisaient ce granite si facilement à porter de mains pour bâtir légalement phares et logements publiques.

Il m’aurait plu de pouvoir connaître la continuité de ces alignements et de contempler le phare de Belle-île bâti avec des pierres moins précieuses.

Hélas, le monde est ainsi fait et ces erreurs du passé resteront encore pour longtemps comme des blessures inguérissables.

Sans oublier que ce déplacement de menhirs a peut-être compromis à jamais la découverte de la fonction mystérieuse de ces alignements.



Après avoir coupé le contact, j’ai savouré mon arrivée aux portes du monde du silence terrestre. Ce rapprochement avec la quiétude des profondeurs maritimes me venait à la vue de mon bonnet rouge, là sur ma tête dans le rétroviseur.

Chaque fois que je vois ce couvre-chef, je ne peux m’empêcher de penser au Commandant Cousteau. Il y a des images qui marquent une jeunesse et cet attribut vestimentaire en est la preuve.

C’est un peu comme quand je croise la fameuse Traction noire sur la route. Systématiquement, je revois Papy Albert revenant du marché avec son cochon sur la banquette arrière.

Comment oublier ce spectacle! . Malgré tous ces efforts pour libérer le porc de cet enclos de luxe, mon grand-père n’avait eu qu'un seul dernier recours. Faire défiler, devant les yeux conquérants du verrat, la plus belle truie du cheptel.

Cette parade eue bien sûr l’effet escompté. Seulement une fois la bête lancée, la femelle n’avait eu comme belle idée que d’aller se réfugier bien à l’abri sur le siège avant de la fameuse Traction. Une scène qui marque un petit garçon.

C'est mon grand-père qui s’en est souvenu longtemps puisque après cette scène, il a du rajouter deux coussins pour compenser l’enfoncement de son siège conducteur.



Le soleil vient de se réveiller et donne déjà toutes ses couleurs à la lande.

J’aime bien venir ici aux aurores. Me lever de bonne heure m’est un peu difficile mais une fois cette étape franchie, une agréable palpitation me presse de venir jouir du spectacle quotidien de l’arrivée du jour.

C’est certainement quelque part un peu puéril d’espérer, dans cette continuelle renaissance de la lumière, une sorte d’attente de renouveau. Néanmoins, tel un petit enfant émerveillé devant un arc-en-ciel, je ressens toujours un petit chaud au cœur en voyant ce miracle de la nature.

Un bonheur simple mais tellement magique.

Par contre, je ne viendrai plus dans ce lieu à la tombée de la nuit.

Je n’ai pas peur du noir, mais la seule fois où j’ai tenté l’expérience, les ombres vacillantes et les étranges sonorités ont fait que j’ai nullement envie de réitérer cette aventure nocturne.



Je suis descendu de la voiture, après avoir vérifié si j’avais bien pris mon carnet de notes et mon crayon. J'ai remarqué une famille de lapins de garenne s’empressant de rentrer dans leur terrier. Je savoure cet instant car je sais que les chasseurs et leurs meutes de chiens fous vont faire des ravages dans quelque temps sur ces petits animaux.

On dit que pendant la période de chasse, il résonne autant de coups de feu qu’il y a de glands dans un chêne centenaire. Alors vous dire si une corrélation s’est immiscée dans cette expression, je vous laisse seul juge. Quoi qu’il en soit, cette comparaison dévoile bien que les pauvres lapins ont bien peu de chance de connaître la floraison du printemps suivant.



Un léger brouillard rend l’atmosphère quelque peu confinée ce qui n’est d’ailleurs pas pour me déplaire. Le sentier récupère à peine du piétinement des touristes et des ornières remplies d’eau de l’averse de la veille me font slalomer entre les flaques. Pas un bruit si ce n’est le chant mélodieux des merles qui cadence mes pas.

Doucement, je n’étais pas pressé ce matin. D’ailleurs je ne suis jamais pressé.

C’est mon train de vie depuis toujours.

J’ai eu un peu faim mais je garde le petit déjeuner pour après.

Je le prendrai chez Jo, le patron du bistrot du coin. Un type sympa qui parle breton surtout en été pour taquiner le doryphore comme il dit. Cette petite bête en ciré jaune qui tracte son petit canot fraîchement vernis et qui espère que les embruns ne viendront pas trop effleurer son tout nouveau cabriolet intérieur cuir.

Jo est friand de cette petite farce linguistique envers les Parisiens qu’il charrie un tantinet soit peu. Toutefois, je me range à ses cotés car la plupart de ces personnes le prennent de haut en pensant qu’il a gardé la mentalité de début de vingtième siècle.



Je me rappelle qu’un jour, il m’a dit qu’il ne changerait jamais de métier.

Il aime trop le contact avec sa compagnie d’habitués qui vient jour après jour se requinquer la carlingue après une journée passée au champ. Même s’il ne faut pas oublier que la plupart d’entre eux sont confortablement assis dans leurs tracteurs flambants neufs avec un confort que les meilleures berlines peuvent envier.

Et puis, il faut bien l’avouer, tenir un bar est pour Jo une bonne alternative pour côtoyer ses bonnes bouteilles. Mais, je n’en dirais pas plus…



Cela fait à peine cinq cents mètres que je déambule dans la lande que déjà mon esprit s’est envolé. Je ne sais pas si je suis arrivé ailleurs ou dans un autre temps, mais cet endroit a le pouvoir de me déconnecter de mon train-train quotidien.

Un régal pour moi qui suis souvent tête en l’air.



« Toujours à l’heure, comme la messe du dimanche. »

Je n’ai pas besoin de me retourner. C’est le Canadien qui vient de me parler.

Cette voix est tellement reconnaissable qu’il m’est impossible de me tromper.

Imaginez la voix de Jean Gabin après un séjour décennal en Bretagne et vous tomberez exactement sur les intonations de mon interlocuteur. Un timbre comme celui-là est suffisamment rare pour quasiment le qualifié d’unique.



« Et oui, je suis encore tombé du lit quand je t’ai entendu gueuler sur Fernande ce matin. »

Fernande est une vache que le Canadien a mille misères à faire avancer tous les matins pour aller à la pâture.

« Sacré garnement, encore à me taquiner. Fernande, cette bourrique, va finir à l’abattoir le mois prochain si elle continue sur cette voie »

Je sais qu’il n’en pense pas un mot. Premièrement cette vache n’a jamais voulu avancer (pire qu’un âne), et deuxièmement, il tient à elle à peu près autant que sa barrique d’eau-de-vie qu’il cache dans sa cave.

La Fernande avait une dizaine d’années auparavant sauvé la vie du Canadien lorsque le tracteur s’était retourné en coinçant sa jambe.

C’était alors que cette bonne vieille Fernande (qui était jeunette à l’époque) avait vu la scène et était retournée toute seule au village tout en beuglant à tout va.

Le maire lui avait même remis une médaille pour ce geste.

Il est vrai que le Canadien était alors au conseil municipal. Et cela doit y être pour quelque chose.

Un article avait même paru dans les journaux.

« Fernande, la nouvelle Marianne, sauve un représentant de l’Etat », disait l’article avec une belle photo de la vache médaillée.



« Oh non ! , elle n’ira pas à l’abattoir. Elle pourrait même bien être à ton enterrement. »

« Bougre, t’as peut-être raison. C’est une sacrée race résistante, celle-là. »



On l’appelait le Canadien mais en réalité son nom était Eugène Le Gwen.

Son surnom venait du fait qu’il était né au Canada.

Même s’il n’y avait vécu que cinq ans avant que ses parents ne rentrent en France pour reprendre la ferme familiale, tout le monde le nommait ainsi.

En réalité, jusqu’à la mort de son père, Eugène s’appelait le petit Canadien.

Ce n’est qu’avec le temps et par simplicité que le « petit » a disparu.

Ce sobriquet ne le dérange pas. Je crois même qu’il en est fier.

Comme il dit souvent au cantonnier :

« Je préfère qu’on appelle le Canadien que comme toi « boit sans soif.. »



Il avait fallu attendre que ma mère me montre la tombe de ses parents pour que je sache son vrai nom.

En l’apprenant, je me rappelle avoir eu un léger sourire étant donné que « Gwen » veut dire blanc en breton et que ça ne va pas trop avec le teint abîmé de son visage. Les hectolitres d’eau-de-vie ingérés ont laissé des traces.



« Tu viendras boire un coup à la maison tout à l’heure ? »

« Si j’ai le temps Eugène. Si j’ai le temps. »

Ce n’était pas l’envie qui me manquait car il a toujours des tas d’histoires à raconter.

Je me rappelle la première fois que j’avais accepté son invitation. Le petit apéritif s’était terminé en repas plutôt bien arrosé. J’ai du dormir douze heures d’affilée pour éponger ma collation. Pourtant, en voyant la propreté plus que douteuse des verres, je n’étais pas trop chaud pour boire dedans. Mais bon…

Il aime bien recevoir du monde dans sa ferme le Canadien.

Il est vrai que depuis la mort de sa femme, ses discussions se sont franchement amoindries.

Si, quand il va au bourg, il aime parler de sa jeunesse aux copains du bistrot.

Il paraît même qu’il cause à ses vaches. Après tout…



« Allez Kenavo Eugène. Rentre en direct. »

« Te fais pas de soucis pour moi jeunot »



Au début, le Canadien me parlait breton tout le temps.

Il savait que mon grand-père (un copain à lui) m’avait enseigné les bases de cette langue.

Néanmoins, il s’était vite aperçu qu’à part les »bonjour », « merci »et quelques autres mots, mon vocabulaire n’était pas bien étoffé.

Il me parle donc à présent en français ce qui me soulage un peu de la peur que j’avais à lui répondre à coté de la plaque. Merci Eugène et comme tu dis parfois :

« Chez le Canadien, tout est bien »



Chapitre 2 – La découverte



J’ai repris mon chemin à travers la lande. Le brouillard commençait à se lever tranquillement. On sentait une belle journée venir.

A ma gauche, un verger de pommiers biens remplis.

On a eu du bon cidre cette année là. L’été nous avait épargné du mauvais temps.

J’étais arrivé à mon repère. Un sous-bois entouré de talus où les champignons aiment assez pousser. Cependant, ce n’était pas encore la période. Plus tard…



J’ai ma place réservé en ce lieu. Une belle pierre couchée me sert d’assise.

Devant moi, une vingtaine de menhirs semble resté au garde à vous, impassibles tel la garde de la reine d’Angleterre.

Je suis bien là, tranquille avec un vieux chêne pour me faire de l’ombre…

Les deux ronds dessinés à la va-vite commençaient à disparaître sur la cinquième pierre.

Ils étaient l’œuvre d’un touriste qui n’avait pas trouvé mieux à faire que d’esquisser un semblant de visage sur ce pauvre menhir. Quelle honte ! M’enfin…



Avec le temps, la belle dame de granite a aujourd’hui presque retrouvé toute sa splendeur.

Je les appelle les dames. Oui, je sais, «menhir» est un mot masculin mis je leur trouve une certaine féminité. Alors se sont mes dames.



J’ai sorti mon carnet et commencé à écrire. J’ai griffonné un peu n’importe quoi mais ce n’était que des brouillons qui m’ont servi plus tard de base pour étoffer quelques textes, poèmes et contes.

L’inspiration vient toute seule dans ce sous-bois. Je n’ai qu’à me laisser aller au gré de mes pensées. Je ne sais si les pierres y sont pour quelque chose mais j’aime à croire qu’elles me soutiennent.

Je joue les bardes, je suis au temps des celtes.

La vie est belle sans les tracas des temps modernes.

J’écoute la nature. J’essaie de la comprendre…



Un pic vert se mit à marteler le tronc du vieux chêne. Ce bruit sourd me gênait soudainement.

On aurait dit le marteau piqueur du fils du boucher quand il cassait l’ancienne bâtisse de son père.

J’ai donc pris l’initiative d’essayer de chasser ce satané oiseau.

Il me fallait un caillou.

A mes pieds, enfoui dans la terre, une petite caillasse allait faire très bien l’affaire.

Avec un peu de mal, j’ai réussi à l’extirper de son logement.

Mon lancer approximatif réussi à faire son effet.

Le caillou était à peine rentré dans le feuillage que le pic vert s’envolait.

Le calme était enfin revenu.



En me rasseyant, je vis qu’une autre pierre d’une drôle de teinte était apparu.

Elle était là, au fond du trou que je venais de faire naître en délogeant mon projectile.

C’était une roche. Ma curiosité étant, je pris à la nature cette curiosité.

Une pierre taillée finement en pointe.

C’était bien une pointe de flèche que je tenais dans ma main.



Ce vestige d’une époque passée était resté là… « caché derrière » comme dirait Laurent Voulzy.

Elle était belle, intact, le temps ne l’avait pas altérée.

Sas faces étaient toutes lisses. Du bon boulot…



Me voilà découvreur d’un trésor, pensais-je.

Il y en avait peut-être d’autres mais le fait de faire des trous dans ce sous-bois ne me plaisait guère. Je tenais à l’authenticité de ce lieu.

Je l’ai glissé dans ma poche.

J’ai continué de griffonner des bribes de textes dans mon calepin quelques quart d’heures.

Le temps a passé et le soleil était bien levé maintenant.

Mon estomac commença à crier famine.

Je décidais donc de rentrer au village pour retrouver mon bon vieux Jo.

Sur le sentier du retour, un renard un tantinet curieux laissa entrevoir son roux pelage à travers un genêt. Ne t’inquiète pas renard, je te rends ton domaine…



Chapitre 3 – Sabrina



« Alors matelot, comment ça va ? »

Jo m’appelle toujours ainsi parce que j’ai bossé cinq ans dans la marine nationale. J’ai eu la chance de naviguer sur la célèbre « Jeanne » comme timonier. Un poste qui malgré les quarts laisse un peu de temps libre, surtout quand le navire est à quai d’ailleurs. C’est la raison principale de la forte demande sur ce poste car il permet de débarquer assez facilement.

Grâce aux nombreuses escales de ce bateau école, j’ai pu découvrir tous les beaux paysages de notre planète que je voyais adolescent dans le poste de télévision. J’ai bourlingué ainsi quelque temps histoire de voir du pays mais ma terre m’a manqué, trop manqué.

Alors, « Matelot », c’est un peu comme pour le Canadien. Il ne faut pas grand chose pour choper un surnom. Cela dit, je ne me plains pas, j’aurais pu aisément en endosser un bien pire.



« J’ai faim, Jo. Comme d’hab., deux croissants. »

« OK matelot. Tu as vu le Canadien aujourd’hui ? »

« Oui, je l’ai vu tout à l’heure. Il avait l’air heureux. »

« Ben, tu peux être sûr, il a gagné au tiercé hier. On a eu le droit à la tournée générale. Il a du gagner un bon paquet parce que ce n’est pas son genre de payer un coup à boire. »

C’est vrai qu’il est un peu radin le Canadien. Cela vient du fait qu’il a du mal à compter depuis que De Gaulle lui a imposé les nouveaux francs. Depuis, il croit toujours se faire arnaquer.



« Tiens matelot, ton café »

« C’est le curé dimanche qui va être content pour la quête »

« Tu parles. Tu sais bien que depuis la mort de sa femme, il n’y va pas beaucoup à la messe.

Sacré Félicie, quelle brave femme. »

Tout en faisant un signe de croix, il me fit un clin d’œil, l’air de dire qu’il l’avait bien connu la Félicie.

« Moi, je miserais plutôt pour un camping-car. Il a besoin de bouger le Canadien »

Tout en disant cela, je l’imagine au volant d’un de ces luxueux modèles allemands.

Mais non, il n’achèterait jamais du « Bosch » comme il dit. Encore trop marqué par la guerre le bonhomme ; Encore trop. Même à vie je pense vu sa façon d’en parler.



« Avec, on est comme un escargot mais qui irait mille fois plus vite. »

« Un camping-car ? . Mais il a déjà sa bétaillère. En plus, avec son vieux tas de boue, il pourrait même envoyer sa Fernande en voyage. Alors, un camping-car, oh non…»

« T’es vache, Jo. Je l’aime bien moi, le Canadien. »

« Je suis pas vache. Je suis taureau. Je suis un gars d’Avril. »



Les deux croissants sont descendus tout seul dans mon œsophage comme deux bobsleighs lancés dans leurs gouttières. Ce sont les croissants de Toinette, la boulangère d’à coté.

Moi, j’ai été élevé au beurre de Toinette et puis je continue parce que j’en suis devenu accro.

Si j’avais commencé à compter le nombre de pains aux raisins que j’ai englouti pendant mon cursus scolaire, il m’aurait fallu trouver une calculette avec au moins trente cases en affichage.



« Dis-moi, Jo. Quand tu trouves un truc rare qui date du temps des bâtisseurs de menhirs,

est-ce que tu dois prévenir les autorités ? »

« T’as trouvé un truc ? . Montre voir. »

Tout en sortant la découverte de ma poche, je vis les yeux brillants de Jo prendre du diamètre.

« Ouais, j’ai trouvé une pointe de flèche. »

« Et ben, ça fait longtemps qu’on en n'a pas trouvé. »

Jo a écumé dans sa jeunesse tous les champs cultivés du canton pour trouver ce genre de choses. Il paraît qu’il s’est fait un petit musée à lui tout seul.

M’enfin, c’est invérifiable puisqu’il cache son trésor aux yeux de tout le monde.

Alors, est-ce que les autorités sont au courant de ses petites affaires ? . Il ne faut pas rêver là.

Il est rusé comme le renard du verger le Jo.

En effet, j’ai observé tout à l’heure que cette petite bête à poil roux s’était volontairement montrée à moi pour attirer mon attention. Ce n’est que quelques secondes plus tard que j’ai vu madame renard et ses petits détaler de l’autre coté du verger.

Malin le renard…



« Si tu veux des renseignements, tu n’as qu’à aller voir Etienne Le Goff. C’est le responsable du musée. Il te dira lui. »



J’ai feuilleté brièvement le « Ouest-France » et vu que la météo confirmait mon impression.

Il allait faire très beau ce jour là. Très beau…



« Tu mettras le café sur ma note, Jo. A plus…»

« Kenavo matelot. Tu ne vas pas à la grande marée d’équinoxe ? . »

« Il y a les poissonniers si je veux des coquillages. »

Je n’avais pas envie de rester trois heures le dos courbé à ramasser d’éventuelles palourdes trop difficiles à trouver pour moi.

Et puis les relations, c’est fait pour ça. Un petit seau de crustacés en échange de services rendus, c’est ça le troc…



Je pris la direction de Carnac. Dix heures trente au clocher de l’église.

A Plouharnel, les barrières du chemin de fer se sont baissées.

Le « pousse-pousse » passa lentement en direction de Quiberon.

C’est le train qui fait la liaison avec Auray. Il était rempli de passagers.

La plupart, si ce n’est la totalité, se rendait à Penthièvre pour la pêche à pied.

Tous les gens intéressés du coin venaient remplir leurs seaux histoire de passer le temps et de se payer une bonne ventrée de coquillages.



Je ne puis m’empêcher de penser à un gros plateau d’huîtres plates accompagné d’un petit muscadet bien frais ; Un plaisir simple mais divin… Non ?



J’aime bien Carnac malgré l’appétit des promoteurs qui ont sauvagement sali cette commune.

Malgré cela, elle est encore belle, hors saison bien sûr car l’été on se croirait à Lourdes tellement les touristes y affluent.



Le musée n’avait pas l’air ouvert.

J’ai sonné quand même une fois ; Deux fois ; Rien…

A travers les carreaux on pouvait voir de belles céramiques exposées en vitrine.

Le musée valait le peine d’être visité.



J’ai contourné le musée et je suis entré par l’arrière cour.

Une voiture était garée. La plaque minéralogique indiquait un « 02 ». Elle venait donc du département de l’Aisne en Picardie. Je suis fort en numéro de département. J’en ai tellement bavé à l’école que je n’ai jamais oublié les correspondances.

Une porte était couverte au fond de la cour. J’ai tapé sur le heurtoir tout en esquivant un regard indiscret à l’intérieur.

« Il y a quelqu’un ? .»

« Oui, oui, j’arrive »

Une voix féminine m’a répondu. Une belle voix ; Jeune.

« Vous désirez ? . »

Et là, je suis resté un peu couac.

Elle était vraiment belle cette fille de vingt, vingt-cinq ans.

Une blonde aux cheveux longs avec de grands yeux bleus et un grain de beauté que laissait entrevoir son généreux décolleté.



Je me rappelle m’être imaginer en train de déboutonner son bustier pour voir si d’autres grains de beautés s’y étaient cachés.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu de telles pensées. Des lustres même.



Cette demoiselle était parfaite pour mes tout juste vingt-cinq ans.

Je dis demoiselle parce qu’en lui serrant la main, j’avais bien vu qu’à part quelques bagues, elle ne portait pas d’alliance. Rusé le renard, rusé.



« Bonjour je suis Arnaud Kerzerho. Je souhaiterais, si possible, parler à monsieur Etienne Le Goff, s’il vous plait. »

« Il est absent pour la journée. Il est parti pêcher à Penthièvre. »

Tiens, comme par hasard. Un de plus.



« KERZERHO, comme les alignements d’Erdeven ? »

« Et oui, pareil. »

« Je suis en stage en ce moment. J’étudie justement ces mégalithes. »

Elle n’avait pas vraiment la tête de l’emploi. Je l’aurais vu plutôt présenter les infos régionales à la télévision.

« Je peux essayer de vous renseigner ? »

« J’ai trouvé tout à l’heure ce que je pense être une pointe de flèche. »



Tout en lui montrant ma trouvaille, j’ai remarqué qu’elle jaugeait mon trésor d’un air professionnel. Je pris bien soin de lui tendre la pointe de ma main gauche. Au cas où elle voudrait vérifier que je ne portais pas d’alliance. Rusé le renard. Rusé.

« C’est un modèle courant de pointe. Nous en avons pas mal en réserve au musée.

Vous pouvez la garder. C’est votre jour de chance. »

Je l’ai cru quand elle m’a dit ça. Je l’ai cru.



« Un café ?………. Arnaud »

« Bien volontiers, je ne vous dérange pas ? »

« Pas du tout. Tu peux me tutoyer. Je m’appelle Sabrina…, Arnaud »

Le fait d’entendre nos deux prénoms à la suite me fit drôle.

On se serait cru devant le curé à notre mariage.

« Tu peux me montrer sur la carte où tu as trouvé la pointe de flèche ? »



J’ai d’abord eu un peu de mal à m’orienter. Après quelques hésitations je lui ai montré l’emplacement de ma cachette.

La zone était hachurée en jaune. Elle me raconta que cet endroit avait déjà été prospecté le siècle dernier.

Depuis l’apparition de Sabrina, je me sentais un peu mal à l’aise, un peu gauche.

(Je dis ça mais je suis gaucher, héhéhé…)

C’était la timidité qui faisait son ouvrage. On était bien tous les deux, on était bien.



Chapitre 4 – L’A.S de chêne



Après le café, elle me montra la collection de pointes de flèches du musée et effectivement, il m’aurait fallu un bon moment pour toutes les compter.

On visita le reste du musée. Que de belles choses !

Elle allait finir sa journée. Il était quasiment midi.

Elle avait quartier libre tout l’après-midi.



Elle accepta mon invitation pour déjeuner en terrasse à Carnac avec vu sur l’océan.

Cependant, on n’a pas vu beaucoup d’eau du fait de la grande marée basse.

On mangea des huîtres. Elle aimait ça aussi. Le muscadet me fit du bien.

Je n’étais plus timide. On est resté longtemps les yeux dans les yeux en attendant que le serveur nous apporte la note.

Après le repas, on a marché un peu sur la plage, main dans la main.



C’est là qu’elle m’a dit que son stage était fini. Elle repartait en Picardie le soir même.

Je me rappelle avoir fait une sacrée mou en entendant cette nouvelle.



Elle a voulu revoir les alignements d’Erdeven.

Elle voulait voir ma cachette.



J’ai roulé tout doucement pour faire durer au maximum le trajet.

J’avais bien fait parce qu’on a eu le droit au contrôle de gendarmerie.

La brigade motorisée adore faire ce genre d’opération aux grandes marées.

Ils savent que les gens sont pressés de rentrer chez eux après avoir labouré le littoral pendant des heures.

Il paraît même que les gendarmes sont cléments vis à vis de certains contrevenants en échange de quelques douzaines d’huîtres bien sûr.

Rusés les renards. Rusés.



J’avais même eu le droit à l’alcotest. Il faut dire que le soleil avait donné sur mon pauvre nez pendant le repas en terrasse. Les gendarmes ont leurs petits trucs pour repérer les gueules saoules.

On avait bien fait de marcher un peu. J’ai passé haut la main le test.



« Bonne journée les amoureux. », nous souhaita le gendarme.

On s’était regardé et on avait éclaté de rire. Après avoir quitté notre contrôleur motorisé, bien évidemment.



Le parking n’était plus désert. Une fourgonnette avait pris position sur ce lieu stratégique.

Un écriteau indiquait la vente de crêpes au blé noir et au froment.

On s’était dit que l’on en prendrait au retour.

Elle a aimé l’atmosphère du sous bois, le chêne, les pierres, les talus, moi peut-être aussi…



« Tu aimes cette région ou tu préfères la Picardie ? . »

« Je suis née dans le Finistère à Locronan »

Je connaissais cette commune car c’est l’une des rares à avoir gardé l’aspect du dix-neuvième siècle en Bretagne. Encore un haut lieu pour les touristes.

« J’y ai vécu cinq ans avant d’aller vivre dans l’Est. »

Tiens, cinq ans, comme le Canadien. Il faudra que je lui explique un jour.



En rentrant, on a pris des crêpes et on les a mangées chez Jo.

Jo n’a pas arrêté de mâter Sabrina.

On ne change plus un homme arrivé à cet âge.

J’ai ramené la demoiselle à Carnac.

Les gendarmes étaient partis. Je suppose qu’ils avaient dû récupérer assez de coquillages.

Je l’ai déposée telle une fleur fragile devant le musée.



Elle avait un ordinateur et une connexion internet.

On s’est échangé nos adresses, nos téléphones et nos stylos.

Oui, je sais, nos stylos…

Je me rappelle lui avoir donné la pointe de flèche avant qu‘elle ne parte loin.



Le temps a passé ; L’automne ; L’hiver ; Le printemps.

On a communiqué des nuits par messagerie informatique.

C’est bon le progrès…

Puis elle est venue en vacances tout l‘été dans la chaumière que je venais d’hériter de mon grand-père.

Mon pépère qui était parti sans prévenir et qui avait tenu à ce que j’habite cette maisonnette.

Elle est toute proche des alignements de Kerzerho. Il savait que j’aime venir autour de ces menhirs.



Quand j’ai revu Sabrina l’été, elle portait la pointe de flèche autour du cou.

Le pendentif lui allait à ravir.

Durant cet été, nous avons gravé nos initiales sur le grand chêne du sous-bois.

Cela faisait « A.S » et le tout dans un cœur.

Finalement, elle n’est jamais repartie.

La chaumière est devenue sa maison ; notre maison.

L’AS du vieux chêne a trouvé son roi et sa reine. Depuis, il protège notre amour.

Souvent, je pense à ce chasseur qui a perdu sa flèche près des alignements.

J’aime bien les chasseurs maintenant. Enfin, un peu plus.



Sabrina porte toujours son porte-bonheur autour du cou. Notre porte bonheur.

Elle n’a pas connu le Canadien.

Avec son magot du tiercé, il avait acheté un nouveau tracteur mais son cœur n’a pas tenu longtemps. Ce n’était pas son truc la climatisation dans le tracteur.



Fernande est morte dans les quinze jours suivants.

La ferme a été détruite pour laisser place à un centre commercial.

La barrique d’eau-de-vie est chez moi dans ma cave. Elle est cachée.

J’en savoure de temps à autre en souvenir du Canadien.



Cette histoire à cinq ans et j’espère qu’elle tournera encore pour de nombreux lustres…

Le temps passe mais les pierres restent… Elles ont de la chance.

Je n’ai plus jamais revu la famille renard.

Je ne dois pas assez bien regarder ou alors ce sont les renardeaux de l’époque qui ont appris à être encore plus rusés que leur père.

La vie d’un homme peut basculer sans prévenir. Il peut suffire d’un regard, d’un détail, d’un geste, d’une pointe de flèche. Ma vie a changé ce jour là. Sûrement par toutes ces choses.



Quelquefois, je me dis que j’aurais pu tomber sur un obus de la dernière guerre. Ils sont nombreux à être encore enfoui dans la région.

La poche de Lorient que les Allemands ont su défendre, surtout pour la base des sous-marins, a fait que toute la région a été inondée de bombes anglaises.

Le frère de Jo est mort à cause d’un de ces projectiles. Il en avait assez de fouiller les champs et avait tenté l’aventure dans les dunes. Erreur fatale. C’est après ce jour que Jo a stoppé ses recherches de trésors.

Alors, je me dis que je m’en sort pas mal. Mère nature a été merveilleusement gentille avec moi car son offrande me donne bien du bonheur.



Cette clairière devrait exister encore longtemps. J’ai réussi à racheter cette portion de bois.

Je dois juste promettre de ne pas toucher aux menhirs.

Souvent je me dis que les pierres dressées sont ma garantie car je pèse bien peu face à un promoteur aux dents longues. Ils sont rusés les renards. Trop rusés…

Les hypermarchés sont devenus une valeur sûre dans notre nouvelle société de consommation.

Cependant, le mégalithisme a retrouvé son rang et je me vois, dans mes vieux jours, aller encore m’asseoir dans mon repère.



Je n’aime pas entrer dans les cimetières.

Alors, j’ai posé un visage sur quelques pierres de la clairière.

Ainsi, ces menhirs me rappellent ces gens que ma mémoire refuse d’oublier.

Grand-père a sa pierre. Le Canadien et Toinette ont la leur aussi.

Beaucoup de ces mégalithes sont encore anonymes et c’est très bien ainsi.

Les autres ne sont plus mes dames mais mes morts.

Je leur parle de temps en temps.

Un jour mon âme habitera peut-être une de ces pierres.

Possible que quelqu’un vienne après ma mort s’asseoir ici, dans ce sous-bois.



Allez, je retourne à ma chaumière, le jour est bien levé maintenant.

L’inscription sur le chêne est toujours autant visible.

Sabrina veut m’annoncer une nouvelle importante.

Je sais déjà ce qu’elle veut me dire.

Grand-père me l’a dit aux aurores.

Elle est enceinte…

Proposé par : PierreL
 
 
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