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Il Pleut par Eau2
NouvelleL'attendue et "Arlésienne" Nouvelle de Eau2 est enfin en lecture ici, que de doutes et de "larmes" pour avoir ce précieux manuscrit !!! (une ANTHOLOGIE des phases de Il Pleut est à l'étude).

Mais les voilà parmis nous, bonne lecture.

Il pleut, …


Il pleut, depuis plusieurs jours déjà ! J’aime la pluie !

« L’eau c’est la vie ! », nous disait souvent papa durant notre enfance; « d’où je viens, elle est précieuse ! »

Il aimait nous raconter des histoires. C’était les seuls moments où il réussissait à canaliser notre trop plein d’énergie. Nous nous installions par terre sur le tapis et l’écoutions, captivés par son sens de la narration.

Il suffisait qu’il dise les mots magiques « c’est l’histoire……. », pour que tout à coup, la maison disparaisse pour laisser place à notre imagination.

Parmi les histoires qu’il nous racontait, celle de la goutte de pluie qui, après maintes aventures, rencontrait son grain de blé. Nous découvrions, émerveillés, le pouvoir de l’eau.

Je me souviens aussi, de ce jour d’été où il nous a tous fait sortir de la maison, alors qu’il pleuvait à torrent. Passé notre étonnement, nous nous étions mis à danser avec lui pendant qu’il nous chantait une chansonnette dont les paroles resteront à jamais dans ma mémoire :

- Tombe, tombe, la pluie ! Pendant que maman est en vie !

- Tombe, tombe la pluie ! nous t’offrirons un agneau !

Maman s’était mise à crier en nous ordonnant de rentrer de suite. Elle avait l’air furieux, mais elle n’avait pu contenir l’éclat de rire qui l’avait prise malgré elle. Cette chanson, papa l’avait chantée durant son enfance dans un village lointain où la pluie était célébrée comme un don du ciel.

Malgré nos vaines tentatives, il ne nous a plus jamais fait danser sous la pluie.


D’habitude, la pluie me fait inconsciemment fredonner cette chanson. Aujourd’hui elle ne m’inspire que tristesse :

« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville

…… Non sans raison ……


Cela fait quatre mois, maintenant qu’il m’a quitté.

Comment oublier ce jour !

Quatre mois déjà, depuis ces quelques mots écrits sur ce ticket de métro : « je te quitte ».

Ce jour là, je l’attendais. J’avais tout préparé, jusqu’à son cd préféré qui tournait en boucle dans le lecteur. Je lui avais réservé une surprise pour son anniversaire. Son cadeau, visible de la porte d’entrée était posé près du téléphone. Quand j’ai entendu le bruit de la sonnerie, je suis allée lui ouvrir, m’étonnant qu’il n’ait pas utilisé sa clef.


Personne ! Juste un ticket de métro par terre.

Que de fois, depuis, ne l’ai-je imaginé, sur le palier, devant ma porte, hésitant, ne sachant que faire ; puis se décider tout à coup à en finir.

Je l’ai imaginé, cherchant nerveusement un bout de papier pour m’annoncer qu’il me quittait. Je l’ai imaginé écrivant ces trois mots. Juste ces trois mots, pour me dire que tout était fini.

Trois mots ! Un mot par année ; trois mots pour tourner la page sur prés de trois années de vie commune.

Ce ticket de métro, que de fois ne l’ai-je lu. Il en était devenu illisible.

Je les ai ressassés ces trois mots, pendant des semaines, cloîtrée chez moi, à ne pouvoir contenir le flot incessant de mes larmes.

J’ai quitté mon vieux peignoir bleu. Un matin je ne l’ai pas trouvé au pied du lit. J’avais été réveillée par Nanou qui avait pris l’habitude chaque matin, avant de se rendre à son travail, de me préparer le petit déjeuner.

- Je l’ai jeté, m’avait-elle dit.

Pourtant, quand elle m’a vu éclater en sanglot, elle est vite allée le ressortir de son panier. Et lorsqu’elle me l’a remis, dans un accès de rage, je l’ai déchiré.

Ce peignoir qui, comme une seconde peau, ne me quittait plus depuis des mois, me renvoyait soudain l’image de l’état pitoyable dans lequel je m’étais engluée.

Chère Nanou, qui s’était mise à pleurer avec moi. Nanou, tellement prévenante, que j’ai souvent honte de tous les soucis que je lui cause.


Les jours se suivent et se ressemblent, aussi tristes que mes pensées.

Un événement est pourtant, venu troubler cette monotonie. Mardi dernier, alors que je ruminais des idées noires, Freddy s’est soudain mis à hurler sous ma fenêtre.

- Jora ! Ouvre vite !

Complètement affolée, j’avais dévalé l’escalier au risque de me tordre le cou.

- Elle est à vendre, elle est à vendre !

- Qu’est-ce que tu racontes, tu m’as fait peur. J’ai cru qu’il était arrivé un accident.

- N’importe quoi ! Il s’agit de la maison de Dervon ! Tu sais, celle de la rue St Roc ! Et bien, tu ne vas pas le croire mais elle est à vendre ! Faut qu’tu t’dépêches avant qu’elle ne te passe sous le nez !

Je n’en croyais pas mes oreilles.

- Habille-toi ! Dépêche-toi ! Faut qu’on aille le voir tout de suite ! Tu m’entends !

Cette nouvelle qui, quelques mois plus tôt m’aurait fait bondir de joie, me laissait presque indifférente.

- Laisse tomber, il est tard, et puis, ça ne m’intéresse plus, fut ma réponse.

- Laisse tomber ? Tu t’fiches de moi ! ça fait des années que tu nous « bassines » avec cette maison. Allez, dépêche-toi de descendre, je t’attends !


Ensuite, tout est allé très vite ; le lendemain, je visitais la maison, la semaine suivante j’obtenais une promesse de vente et quinze jours plus tard je recevais une réponse favorable à ma demande de prêt.

Depuis, je prends plaisir à aller roder autour de la maison. J’ai repéré, dans le square qui lui fait face, un banc, à l’ombre d’un platane. C’est là, que j’ai pris l’habitude de m’installer. De mon banc, j’ai une vue d’ensemble de tout le square et surtout, droit devant, j’aperçois ma future maison.


C’est vrai qu’elle est dans un triste état, ma future maison. Et pour cause ! Elle a longtemps été habitée par un couple de retraités qui n’avait jamais obtenu de Dervon qu’il fasse le moindre travaux. Ils avaient néanmoins continué d’y demeurer, par habitude sans doute, faisant réaliser à leur frais, les quelques travaux indispensables à un confort minimum. La toiture, quant à elle, n’avait bénéficié d’aucune rénovation. Finalement, leur santé les avait obligés à déménager. Mais la maison, et plus particulièrement la toiture, était dans un tel état qu’il fut impossible au fermier de la relouer.

Ces dernières années, à plusieurs reprises déjà, je lui avais demandé de me la vendre ; mais il avait toujours refusé car il voulait la transmettre à ses enfants.

Pourtant, ceux-ci se souciaient bien peu de cette bicoque. Ils me l’auraient vendue bien volontiers. Lui seul n’était pas d’accord. Envers et contre tous, il résistait. C’est ainsi que la maison est restée inhabitée pendant quelques années. De mon côté, j’avais fini par me résigner…

Jusqu’au jour où Freddy m’avait traînée de force chez Dervon.

Nanou a fait le reste.

- Tu as vu son prix, une vraie misère, me répétait-elle sans cesse.

Et elle avait fini par me convaincre.

Freddy était aux anges. Il allait enfin avoir de quoi s’occuper. Il est au chômage, et alterne les périodes de travail et d’inactivité.

Il effectue régulièrement des périodes intérimaires dans la même entreprise chocolatière. Il y travaille en renfort pendant les périodes de pic, celles qui précèdent les principales grandes fêtes de l’année.


Je reprends goût à ces petits plaisirs simples : aller acheter le pain et les croissants, de bonne heure le dimanche matin, savourant par avance, sur le chemin, le moment du petit déjeuner, pris face à la fenêtre.

Je retrouve aussi le plaisir de saluer, chaque matin, Myriam, la concierge, la taquinant sur mille et une choses, juste pour l’entendre rire.

Ces plaisirs, en y repensant, je crois que je les avais perdus, bien avant qu’il ne parte, bien avant qu’il ne me laisse.

Les disputes avaient été nombreuses qui présageaient de cette issue que je me refusais d’accepter.

- on va finir par se détester, par ne plus pouvoir se supporter, me disait-il de plus en plus souvent.

Cette issue, j’avais tenté en vain de l’écarter de mon esprit, alors que l’idée se faisait de plus en plus insidieuse. Notre conception de la vie de couple différait complètement. Lui ne voyait de salut que dans le mariage. Il avait programmé notre future maison, nos futurs enfants, … jusqu’à avoir déjà choisi leurs prénoms. Je ne voulais pas de cette vie toute tracée. Sans doute aurait-il fini par me convaincre. Mais notre séparation semblait de plus en plus inévitable.

J’essaye de me convaincre que c’est-ce mieux ainsi….


Je suis maintenant officiellement propriétaire. Propriétaire d’une vieille bicoque, il est vrai, mais propriétaire tout de même. Je réalise un rêve. C’est la fin de l’hiver, je me sens revivre.

- Cette maison va changer ta vie, m’avait dit Nanou, le jour de la signature chez le notaire.

Elle n’avait pas tort : petit à petit, Luc n’occupe plus toutes mes pensées.

Ma seule préoccupation, pour le moment, est la planification des travaux.

J’ai donc fait un état des lieux avec Freddy et l’un de ses amis, spécialiste dans le bâtiment. Le verdict de celui-ci a été clair et net.

Il m’a annoncé sans aucun ménagement :

- Tout est à refaire, et il faudra commencer par la toiture.

C’est un coup rude, mais je garde un moral d’acier.

Malgré les conseils de l’ami de Freddy, je n’envisage pas de commencer par les travaux de la toiture. Celle-ci est constituée de vieilles tuiles flamandes en complète décrépitude et qui ne tiennent que par des kilos et des kilos de ciment. Cela ne m’inquiète pas : elle a tenu des années, elle tiendra bien encore quelques semaines. J’ai repéré dans l’une des chambres une petite trace d’eau par terre. Il ne fait pas de doute qu’il doit y avoir une fuite. Mais, cela ne doit pas être bien grave. Je prévois donc de la faire refaire dans quelques mois en fin d’année, quand je pourrais prétendre à un nouveau prêt. Mais avant il faudra s’occuper des châssis de fenêtres, de la salle de bain et de l’installation du chauffage.

Les travaux débuteront courant mai. D’ici là, Freddy aura terminé la mission intérimaire qu’il devrait se voir confier prochainement.

Il m’est d’une très grande aide en ce moment. Je ne sais comment j’aurai fait sans lui. Il a pris l’initiative de demander des devis. Et sur ses conseils, j’ai contacté un artisan proposant des prix défiant toute concurrence. Celui-ci s’est présenté chez moi, un samedi matin, accompagné de son comptable. L’artisan, à l’embonpoint plus que marqué, ressemble plus à un retraité qu’à l’homme alerte que je m’attendais à rencontrer. Toutefois il connaît son métier, et surtout, il l’aime. C’est donc décidé, les travaux de la toiture commenceront fin novembre.


Presque tous les soirs maintenant, je passe en voiture dans la rue St Roc.

Parfois je m’arrête et vais m’installer sur mon banc, à l’autre extrémité du square, face à la maison. Je prends toujours du papier et un crayon et je dessine les plans de ma maison. Je casse un mur par ci, j’en rajoute un par là etc. Pour les travaux, je vais bien profiter du réseau de connaissances de Freddy. Plusieurs de ses amis travaillent dans le bâtiment. Deux d’entre eux poseront courant mai les châssis de fenêtres. Un 3ème s’occupera de la salle de bain.


J’ai fait la connaissance d’un de mes futurs voisins, un italien retraité prénommé Mario. Il habite 2 maisons au dessus de la mienne. Notre premier échange n’a pas été des meilleurs.

Je venais juste de me garer en face de chez lui et m’apprêtais à me rendre chez moi, quand je l’ai entendu bougonner :

- Faut payer pour se garer là.

Manquait plus que ça ! Va pas me casser les pieds, celui là !

- C’est cela oui ! C’est cela même ! lui avais-je répondu, sur un ton sec, après quelques secondes d’hésitation, vous m’enverrez la facture.

- Faut pas le prendre pour de bon ! C’était pour rire, avait-il maugréé.

- Ben, j’espère bien ! On va bientôt être voisin, avais-je rétorqué, en lui montrant la maison. S’agirait pas de se fâcher !

J’espère qu’il ne passe pas son temps, posté à la fenêtre, à épier ses voisins.

- Comment, vous avez acheté cette ruine ! Ben, j’vous souhaite bien du courage pour les travaux !

Cause toujours ! Les travaux, c’est mon problème et pas le tien, m’étais-je dit en me dirigeant vers la maison


Je découvre peu à peu un quartier auquel je m’attache déjà. Le square sur lequel donne ma maison est toujours fréquenté. J’y ai déjà repéré quelques habitués.

A droite se trouve un terre plein où les enfants jouent au ballon. Chaque soir, s’y improvisent des parties de football. De l’autre côté, à gauche un grand bac de sable et un toboggan pour les plus petits. Cette partie du square est souvent déserte, mais il arrive que des mamans s’y retrouvent le mercredi. Le dimanche, un sportif, un seul, toujours le même, fait son jogging.



Aujourd’hui, comme à mon habitude, je me suis installée sur le banc qui fait face à la maison. Le printemps s’installe tout doucement. Je suis emmitouflée dans un vieux chandail. Il fait froid mais je me sens bien.

Distraitement, je jette un regard vers les enfants. Ce sont toujours les mêmes qui après l’école, viennent se défouler au ballon. Certains d’entres eux s’assoient parfois sur mon banc pour reprendre leur souffle.

Je suis plongée dans mes pensées …….

Le ballon qui arrive vers moi, me fait vivement me relever. J’ai juste le temps de le bloquer du pied droit.

- Pardon m’dame ! ze peux ravoir mon ballon, s’il vous plait ? »

Le gamin, que j’ai en face de moi, doit avoir 7 ou 8 ans tout au plus. Il affiche pour l’occasion, un air de chien battu à faire fondre le plus terrible des cerbères.

Je l’avais déjà repéré, lors des nombreuses parties de ballon que j’avais observées. Il avait très vite attiré mon attention par ses piètres performances en football. Il a l’air d’être le plus jeune de la bande et semble avoir été cantonné au rôle de « récupérateur de ballons ».

- Tu t’appelles comment mon bonhomme ?

- Z’m’appelle Guillaume, m’dame ! et toi ?

Mon prénom c’est Jorane.

Et devant son air étonné, je continue :

- Ne cherche pas, Guillaume. Tu ne connais pas ce prénom. Je pense être la seule dans ce pays à le porter. Normalement, j’aurai du m’appeler Orane.

Puis je continue sur le ton de la confidence :

- Papa devait être un peu « pompette » quand il est allé me déclarer à l’état civil. Tu comprends, il était tellement heureux de me voir arriver, qu’il a un peu trop fait la fête, je crois. Mais tu gardes ça pour toi, c’est entre nous, hein !

- Alors tu te souviendras ! lui dis-je en lui renvoyant le ballon, mon prénom c’est Jorane !

Et devant son air perplexe, je continue en riant :

- Je sens que tu ne vas pas t’en souvenir. On va laisser tomber Jorane, si tu préfères. Comment veux-tu m’appeler ?

Et aussitôt je crains le pire.

- Euh ……….

Pourvu qu’il ne m’appelle pas …JoJo avais-je pensé !

Il a levé les yeux vers le ciel et d’un air de profonde réflexion, m’a répondu

- Ben z’ vais t’appeler …ZoZo.

j’ ai éclaté de rire et répondu tant bien mal entre deux hoquets :

-Va pour ZoZo, mais qu’on soit bien d’accord Guillaume, tu m’appelles ZoZo et pas JoJo.

Il m’avait regardé, surpris, et le sourire en coin, m’avait répondu :

-ça marsse, ZoZo !

J’étais ravie, car ce diminutif, que j’avais toujours détesté, était devenu dans la bouche de cet enfant qui zozotait, le plus joli des surnoms.



Le mois de juin est arrivé, et avec lui, la perspective des beaux jours et l’approche des congés.

Géraldine et Patrick n’arrêtent pas de me tanner pour que je leur fasse visiter la maison. Aussi, ai-je décidé de les inviter avec d’autres amis à l’appartement après une visite de la maison. Mais je tiens, avant cela, à ce que le jardin soit accessible et accueillant. Aujourd’hui, celui-ci ressemblerait plutôt à une décharge publique. J’ai donc demandé à Freddy de me trouver quelqu’un qui accepterait de s’en occuper.

- N’achète rien, m’avait-il répondu. Un de mes copains travaille chez un pépiniériste. Il te filera du désherbant gratos.

Le surlendemain, Freddy revenait, accompagné de son ami.

- C’est Raphaël qui s’occupera du jardin, m’avait-il annoncé, alors qu’ils déposaient tous deux le matériel dans un coin de la véranda.

Mais avant, il faudra débarrasser tout ce chantier. Il va bien falloir plusieurs journées pour dégager tout ça. On fera ça à deux, le samedi matin.


Et c’est ainsi que Raphaël est entré dans ma vie avec sa bêche, son râteau et ses deux bidons de désherbant.

Ils se sont tous deux mis au travail dès le samedi suivant. Ils ont commencé par débarrasser toute la réserve de bois que les anciens locataires avaient sans doute stockée, pour l’allumage de leur poêle à charbon.



Mes amis ont été fort surpris de l’état de la maison. De l’avis général, son prix, même peu élevé, était prohibitif.

Chacun y allait de son avis, à commencer pas Géraldine :

- Pas besoin de grand chose pour la retaper ! De nouvelles tuiles sur la charpente toute déglinguée, une nouvelle porte, un petit coup de peinture sur la façade et les volets. Et le tour est joué !

Et Ndombele qui surenchérissait :

- Tu sais qu’en cas de besoin, tu ne dois pas hésiter. J’ai l’équipement complet du parfait campeur chez moi.

Pourtant, toutes ces taquineries n’ont pas réussi à me saper le moral. Après la visite, je les ai tous emmenés à l’appartement.

Raphaël était présent. Sa réserve m’avait fait craindre qu’il ne refuse d’accepter l’invitation que je lui avais faite de se joindre à nous, mais il avait acquiescé sans hésitation. Il est toutefois resté à l’écart et n’a participé que très peu à nos échanges.

J’ai vanté les mérites de son travail à mes amis, mais sans trop insister. J’ai bien vite remarqué que ça le gênait car il s’était mis à triturer ses mains.

C’est vrai qu’il a fait un travail remarquable avec Freddy. Il reste beaucoup à faire, mais les abords de la terrasse sont enfin praticables.



J’assiste depuis deux mercredi, aux entraînements de foot de Guillaume. En effet, lors d’un rapide échange avec celui-ci, je lui avais conseillé de s’inscrire à un club de foot.

Il m’avait répondu en riant :

- Chui déjà inscrit ! Dans l’équipe des poussins ! Z’ai entraînement tous les mercredi soir.

Si tu veux, tu peux venir me voir, Zozo.

Je lui avais répondu que j’étais pas mal occupée et que cela risquait d’être difficile.

- Mais c’est pas loin, avait-il insisté, c’est zuste à côté, au bout de la rue.

J’avais finalement accepté, me disant que ça me changerait des travaux.

- Mais dis-moi, tu fais quoi exactement à l’entraînement ?

- Euh, ben des exercices, l’entraîneur y nous z’éssaufe,….y nous place …….. et y nous z’engueule ! On zoue des matchs aussi, …..

- Il vous engueule ? lui avais-je dit d’un air faussement scandalisé.

- Ben oui, mais faut dire qu’on s’débrouille pas trop bien ze crois. Mais il est zentil quand même.

- Et il vous arrive parfois de jouer contre d’autres équipes ?

- Ben oui ! …les samedi, des fois.

- Et qu’est-ce que ça donne ?

- Ben des fois on gagne, et d’autres fois on perd. Mais c’est dommaze, on a perdu samedi contre Wattrelos. Ils ont gagné grâce à un coup droit et un crossset ; ils nous ont battus 7 à 0.

- 7 à 0 ! ben dis donc ! Pour une raclée, c’est une raclée ! Mais comment ça se fait, ça ?

- Ben c’était Wattrelos, c’est des fous !

- Des fous ?

- Ben, y zouent trop bien ! avait-il répondu, et il avait continué d’un air plein d’entrain,

mais la semaine dernière, contre Wasquehal on a gagné 6 à 2.


La 1ère fois je suis allée à l’entraînement, avec les pieds de plomb, juste pour lui faire plaisir, parce qu’il avait l’air d’y tenir. Je me suis installée sur les gradins, horrifiée de découvrir que les entraînement se déroulaient en extérieur. Sur les gradins, quelques parents discutaient entre eux. Ils n’avaient pas l’air très intéressés par ce qui se passait sur le terrain. Ils étaient une quinzaine d’enfants à se faire entraîner par Gérard. J’étais transie de froid mais assez curieuse de découvrir ce qu’était une séance d’entraînement. Gérard, l’entraîneur avait l’air aussi doué que Guillaume. J’ai compris tout à coup, les piètres performances de mon protégé. L’entraîneur semblait complètement dépassé par les événements. Il ne cessait de répéter en portant les mains à la tête : mais bon sang, arrêtez de faire n’importe quoi ! Julien, garde ta place, nom d’un chien !

Pas très loin de moi, tout en bas des gradins, deux adolescents, vêtus tous deux d’un survêtement absolument identique, suivaient très attentivement l’entraînement. L’un soufflait sans cesse et n’avait pas l’air content. Quant à l’autre, il était dans le même état d’esprit et gesticulait, en laissant échapper un juron de temps en temps.



Raphaël passe à la maison deux fois par semaine, maintenant. On ne se parle pas beaucoup. Non pas que l’envie m’en manque, mais il a l’air assez réservé. Il continue de s’occuper de la partie de jardin attenant à la terrasse. Mais il ne s’est pas contenté d’effectuer le travail que je lui avais demandé. Après avoir débarrassé tous les détritus qui s’y trouvaient, il a posé des bordures sur le petit chemin central. Il a ensuite commencé à bêcher et désherber ! L’idée m’a semblé un peu saugrenue sur le moment mais je ne le lui ai pas dit. C’est vrai que le jardin n’est pas vraiment une priorité, mais j’apprécie sa présence.



Le premier orage, dans ma maison, ne m’a pas fait fredonner la comptine de mon enfance.

Le torrent d’eau qui à cette occasion, s’est déversé dans l’une des chambres m’a donné l’une des plus grandes frayeurs de ma vie. J’ai crains pendant un moment que la toiture ne me tombe sur la tête.

Je continue pourtant à garder le moral, mais il devient urgent de démarrer les travaux.

Mon artisan, qui venait de perdre un chantier, était justement disponible de suite. Une véritable aubaine.

Le mardi suivant, jour prévu du démarrage des travaux, Freddy et moi l’avons vu débarquer, accompagné, à notre plus grande stupéfaction, de son fils, un jeune garçon de 17 ans, qui ne pesait pas plus de 50 kg.

Quand je lui avais fait part de mon étonnement, l’artisan avait tenté de me rassurer :

- Ne vous inquiétez pas, il n’en est pas à sa première toiture, mon fiston. Aujourd’hui, on s’occupe juste d’installer l’échafaudage, mais demain, on sera au complet, et là vous verrez bien. Vous aurez la plus belle toiture de la rue.

Le lendemain, aucune trace de mon artisan. Trois jours plus tard, le samedi matin, il réapparaissait accompagné uniquement de son fils et avant même que j’aie pu dire quoi que se soit, il me lançait d’un air enjoué :

- Voilà, on vous apporte le matériel et on commence lundi matin à 8h30.

Je me résignais finalement à lui poser la question qui me taraudait depuis deux jours :

- Et vous allez être à combien, à travailler sur ma toiture ?

Freddy qui débarrassait le jardin avec Raphaël, avait accouru dès qu’il avait aperçu l’artisan.

- Ben y a mon fils, y a moi et y a Freddy.

Là, je fus prise d’une subite aphasie et je me retournais, incrédule, vers Freddy qui avec sa nonchalance habituelle, me lança :

- Mais qu’est-ce qui t’arrive ?

- Qu’est-ce qui m’arrive ! Qu’est-ce qui m’arrive ! ne trouvais-je qu’à dire, après un long silence …

C’en était trop. Mon moral venait de faire une chute vertigineuse et ce qui devait arriver, arriva : je craquais et fondais littéralement en larmes.

Mon artisan ne disait mot.

Quant à Freddy, il avait pris le parti de me réconforter, mais d’une bien curieuse manière :

- c’est bien, défoule-toi ! Ça t’fera du bien. J’trouve que tu t’lâches pas assez !

Je comprenais, tout à coup la miraculeuse disponibilité de mon artisan. Pas étonnant qu’il ait perdu l’autre chantier.

Raphaël, qui avait disparu dans la cuisine, revenait avec le café, qu’il avait pris l’initiative de préparer. Après quelques minutes, l’atmosphère s’était un peu détendue et je retrouvais l’usage normal de la parole :

- monsieur Vanhaute, vous ne comptiez tout de même pas vous occuper seul avec votre fils de ma toiture ?

- mais bien sur que non ! mon fils aîné devait participer au chantier, mais il m’a lâché au dernier moment, ce vaurien ! C’pendant, j’ai vu avec Freddy, il fera très bien l’affaire.

Je me retournais vers Freddy et lui lançais :

- Freddy, tu ne vas pas monter sur le toit ! Ce n’est pas possible !

- Bien sur que si que j’vais y monter. Tout est arrangé avec Mr vanhaute. Ne t’inquiète pas !

- Comment ça arrangé ! Mais faut arrêter ce délire !

Et me retournant vers l’artisan, je continuai :

- Ecoutez, Monsieur, je regrette vraiment, mais je ne suis pas d’accord. On arrête tout !

- Mais puisque je te dis que c’est arrangé ! insistait Freddy.

Mr vanhaute a même préparé un contrat, qu’il utilisera en cas de besoin. Tu vois, on a tout prévu.

Raphaël s’est rapproché de moi, suffisamment près pour que je sente l’odeur de sa lotion après rasage. Cela m’a un peu fait tourner la tête. Il est sorti de son mutisme habituel et d’une voix calme et posée m’a dit :

- Rassurez-vous ! Freddy passe la moitié de son temps sur les toits à installer des antennes pour les copains. Il a même installé la mienne. Tout se passera bien, vous verrez.

Et c’est ainsi que j’ai accepté, en toute connaissance de cause, que ma toiture soit rénovée, par un artisan obèse proche de la retraite, par son fils de 17 ans et par Freddy.

Cela m’a valu deux nuits d’insomnie que j’oubliais bien vite quand j’eu l’occasion de voir mes trois bons hommes à l’ouvrage.

Assise sur mon banc, je les ai longuement observés. Mario est venu m’y rejoindre parfois.

Grincheux à souhait et plutôt curieux, il a toutefois réussi à attirer ma sympathie. Il ronchonne systématiquement contre les enfants, qu’il trouve trop bruyants. Quand il est de bonne humeur, ce qui est plutôt rare, il me raconte quelques anecdotes concernant la vie du quartier. J’aime bien son accent italien, mais ce qui me plait le plus chez lui, c’est son franc parler.



Trois mois déjà depuis l’achat de la maison. J’envisage d’emménager bientôt. En effet, les travaux avancent bien ; les châssis de fenêtres sont presque tous posés et la salle de bain est terminée.



Aujourd’hui, j’assiste de nouveau à l’entraînement de Guillaume. L’entraîneur, Gérard tarde à venir. Il aurait dû commencer depuis un bon quart d’heure déjà. Les enfants s’impatientent et certains d’entres eux commencent même à se chamailler. Aucun des parents n’a l’air décidé à faire quoi que ce soit. Aussi, je me décide à prendre les choses en main.

- Les enfants ! Pour ne pas perdre de temps, vous allez commencer votre échauffement !

Allez ! On se met en rang !

C’est alors qu’un autre entraîneur est arrivé, pour annoncer que Gérard ne viendrait pas :

- Il n’y aura pas d’entraînement aujourd’hui. Gérard ne peut pas venir ce soir car il a un problème.

Quelques parents s’approchent. Certains ont l’air plutôt ravis de pouvoir rentrer plus tôt chez eux avec leurs rejetons.

C’est alors que j’interviens :

- C’est un peu dommage de les priver de leur partie de foot, ils se seront échauffés pour rien.

- C’est bien possible ! Mais on n’a pas bien le choix ! A moins que vous ne souhaitiez continuer ? me fait-il en souriant.

- Vous vous y connaissez en foot ? se hasarde à me demander l’un des parents.

- A vrai dire non ! mais je suis institutrice, j’ai donc l’habitude d’animer des séances de gymnastique. De plus, j’ai un peu vu ce que leur faisait faire leur entraîneur, d’habitude. Et puis, il ne reste que trois quart d’heure. C’est suffisant pour leur faire jouer leur partie de foot. Autant terminer l’entraînement.

- Ok ! Je vous les laisse, alors. Bon courage !

- Soyez sages les enfants !

Ce soir là, je me suis couchée avec un horrible mal de crâne.



Le mercredi suivant, l’entraîneur n’était toujours pas présent. Son collègue est venu m’annoncer que Gérard abandonnait définitivement l’entraînement. Sa femme a de gros soucis de santé et il ne pourra pas s’occuper des enfants pendant un certain temps, m’avait-il dit.

Puis il avait continué :

- Dites-moi ! je sais qu’c’est pas trop votre domaine, le foot, mais vous avez l’air de bien vous entendre avec les mômes. Vous n’pourriez pas nous dépanner quelques séances ? Ce sera provisoire, juste en attendant qu’on trouve quelqu’un.

Je tente une petite protestation :

- Mais les parents vont jamais être d’accord !

- Bah ! si c’est le cas, on avisera ; mais je ne crois pas que cela s’produise ; aucun d’entre eux n’a l’air disposé à donner de son temps. Et puis ça sera toujours mieux que rien. Vous les ferez courir et leur ferez faire des passes. C’est juste en attendant qu’on trouve quelqu’un. Autrement, on annule l'entraînement. J’ai vraiment pas l’temps d’m’occuper d’eux. Et puis, n’vous inquiétez pas, je vous coacherai.

Si on m’avait dit un jour que j’animerai des entraînements de foot, j’aurai bien ri !

Je ne sais pourquoi, à ce moment précis, mes pensées se tournent vers Raphaël.

Je me demande s’il aime le foot, s’il est sportif.

Je me demande comment il occupe ses loisirs.

Il faudra que je lui demande.



Quelques jours plus tard, alors que je sirotais un café en regardant la télévision, quelqu’un avait sonné et Freddy, qui était présent, est allé ouvrir !

Quand il était réapparu quelques minutes plus tard, je lui avais- demandé machinalement

- Qu’est-ce que c’était ?

Rien ! Un gamin qui cherchait un entraîneur pour une inscription au foot. Pfft est-ce que j’ai l’air d’un entraîneur de foot ?

Non d’un chien ! les nouvelles vont vite, avait-je pensé. Vont tout de même pas venir s’inscrire à la maison.

- Tu aurais du m’appeler, c’est moi qu’il venait voir.

- Tu donnes un coup de mains pour les inscriptions ? me demanda-t-il étonné.

- Pas vraiment non, j’entraîne un groupe de poussins depuis la semaine dernière.

- Tu plaisantes ! C’est quoi c’t’histoire ? T’y connais rien au foot ! et en plus, t’en as horreur !

- Je sais ! C’est vrai ! mais un p’tit bonhomme m’a fait craquer. C’est juste pour dépanner.

Ses sourcils s’étaient froncés, et il avait continué :

- Non mais t’es sérieuse là ? Tu entraînes vraiment des gamins ?

…et il s’était mis à rire.



Je découvre, lors de ma deuxième séance d’entraînement, dans quel guêpier je me suis fourrée. Les enfants sont assez dissipés et j’ai beaucoup de mal à les canaliser. Rien à voir avec ma classe de CP qui m’obéit au doigt et à l’œil.

De plus, la présence des deux jeunes, présents à chaque entraînement, me met mal à l’aise. Aujourd’hui, ils affichent encore un air assez mécontent.

Ils s’étaient, comme d’habitude, installé au premier rang et j’entendais par ci, par là, quelques bribes de leur conversation :

- …… Ils …… nuls à ch… …..

- Ouai ! plus ……, tu meurs ! …… vont encore …. une raclée …… prochain, ….. raconte pas !

Je continue l’entraînement en feignant l’indifférence.

Je compte beaucoup sur guillaume pour m’aider à acquérir le vocabulaire footbalistique et pour mener à bien l’entraînement. Il en connaît le déroulement et pourra m’aider en cas de problème.

- Reste là à côté de moi, lui avais-je dis entre mes dents, pour que les autres ne m’entendent pas.

Tu vas m'aider.

Je ne pouvais m’empêcher, en même temps que je lui parlais, de regarder les deux jeunes sur les gradins. A ce moment, ils avaient plutôt l’air de beaucoup s’amuser. L’un des deux était tordu de rire. L’autre riait aussi de bon cœur.

Commencent à me « gonfler » ces deux là, me disais-je.

Mais reste donc ici, redis-je vivement à Guillaume, qui commençait à s’éloigner, j’ai besoin de toi.

- Dis-moi Guillaume, tu connais ces deux rigolos là bas ?

Bien sur que z’les connais ! fit-il en souriant. C’est mon frère Zilles, et Grég son copain.

- Ils ont l’air de bien aimer le foot en tout cas.

- Ah ben c’est sur, ils sont inscrit au club. Ils sont seniors et ils zouent tous les samedis matin.

C’est alors que l’idée commença à germer dans mon esprit. Et ce soir là, je rentrais toute joyeuse chez moi.



Raphaël passe de plus en plus souvent à la maison, parfois avec les prétextes les plus futiles.

Il s’occupe toujours du jardin. Il a l’air d’aimer cela. Mais, il va falloir que je modère ses ardeurs : mon jardin va bientôt être plus beau que la maison. Je ne lui demande rien pourtant. Il prend des initiatives sans vraiment m’en faire part. Cela m’embarrasse un peu d’ailleurs, car nous n’avons pas franchement abordé la question de la rémunération, mais j’apprécie sa présence. Freddy à qui j’ai fait part de cette gêne, m’a rassurée. J’ai donc décidé de «laisser courir» Pourtant, quand Raphaël a commencé à s’occuper de l’aménagement au niveau purement esthétique, j’ai fini par protester mollement, en lui disant qu’il valait mieux remettre ça à plus tard.

Tout naturellement, il a commencé à effectuer quelques menus travaux et a fini par prendre en main la planification et la réalisation de travaux plus importants.

J’aimerai croire, qu’il le fait uniquement pour mes beaux yeux, mais je n’en suis pas certaine encore. Il ne me montre aucun signe d’intérêt particulier mais je pense ne pas lui être indifférente.

J’ose espérer qu’il a un petit faible pour moi. Si ce n’est le cas, il doit bigrement avoir besoin d’arrondir ses fins de mois.



Freddy n’avait pas tort de douter de mes capacités d’entraîneur. Suite à mon insistance, il était venu assister à l’entraînement suivant et avait pu constater l’ampleur du désastre.

C’est vrai qu'ils ne sont pas très bons, lui avais-je dit dépitée, alors que nous regardions les enfants jouer leur partie de fin d’entraînement. Et avec moi, ils ne sont pas prêts de le devenir.

Ahahahah, ben forcément ! tu as vu comment tu les as placés ?

- j'ai rien placé du tout, moi ! avais-je répondu vexée. Ils étaient déjà comme ça quand je suis arrivée !

Il s'était remis à rire !

- c’est ça le problème ! Sont pas bien placés du tout, tes gamins. Ils font n'importe quoi. C’est pas du foot ça, c’est une vraie partie d’auto-tamponneuses ! Et tu me dis qu’ils commencent un tournoi dans deux semaines ! Mais ça va être un véritable massacre !… et puis ce môme là ! …..

- lequel ? Julien ! oui et bien ?

- Il est quoi au juste ?

- Je crois qu’il est « avant droit ».

- Avant droit ! ben qu’est-ce qu’il fout partout comme ça ?

- Ben justement, Julien c’est un vrai problème, il n’écoute pas, il ne garde jamais sa place. Il est partout à la fois .

- Remarque, avait continué freddy, c’est peut-être pas plus mal ! Personne dans son équipe n’est capable de lui faire une passe correcte ! Alors il va récupérer le ballon lui même ! Et au moins, il marque. Il est très bon ce gamin. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne croupira pas dans cette équipe.

Et il avait continué :

- Mais arrête de faire la tête, là ! T’es complètement décomposée ! Tu prends ça trop à cœur ! C’est pas la fin du monde tout de même ! Et surtout c’est pas de ta faute. Tu n’y connais rien au foot, et en plus ce n’est que la quatrième fois que tu les entraînes.

- T’en as de bonnes toi ! tu t’fiches de moi et tu voudrais que j’me marre ! Puisque t’es si malin, dis moi donc ce qu'il faut faire ?

J’avais espéré qu'il me propose de prendre en charge l’entraînement des enfants, mais j’en suis restée pour mes frais.

Il s’était contenté de me répondre avec sa clairvoyance habituelle :

- Du calme ! du calme ! J’te vois venir là ! Ne compte surtout pas sur moi pour prendre ta place. C’est pas moi qui ai eu l’idée de prendre en charge ce groupe de mômes ! Débrouille-toi toute seule, ma grande !

Tout juste m’a t’il promis de me donner, à l’occasion, quelques explications.

J’ai décidé, ce jour là, d’abandonner l’entraînement. Il fallait rapidement trouver un entraîneur qui prendrait la relève.

L’idée qui avait germé dans mon esprit avait fait son chemin et je décidais de la suivre sur le champ.

Je n’eu aucun mal à convaincre mes deux jeunes zouaves. Gilles et Grégory ont accepté ma proposition avec un enthousiasme certain.

Il n’en a été pas de même pour le collègue entraîneur.

J’ai du faire preuve d’une grande force de persuasion ; j’avais, heureusement, bien rodé mon discours :

- Ecoutez, ils sont là tout le temps et font partie de votre club. Ce sont des inconditionnels du foot et de toutes les façons, ils ne pourront pas être pire que moi. L’un des deux est majeur, quant au second, il le sera le mois prochain ; je suis persuadée qu’ils feront l’affaire. Vous m’aviez promis de me coacher mais j’vous vois jamais ! Laissez leur une chance d’essayer !

L’entraîneur avait fini par accepté mais à la condition que Gilles et Grégory suivent des stages de formation. L’affaire fut vite négociée.

Me voilà enfin débarrassée de cet entraînement qui commençait à me peser.



Entre Mario et moi est née une belle amitié, je crois. Trois semaines après mon emménagement, je lui avais apporté une assiette de moules frites. J’avais pris le risque qu’il ne les refuse. Il aurait tout aussi bien pu me répondre : « tu peux les reprendre, c’est dégueulasse les moules.» Mais je crois que si je lui avais demandé l’autorisation de les lui apporter, il aurait sans nul doute refusé, prétextant, par exemple, que son repas était déjà prêt.

Il a semblé très surpris par mon geste mais n’a pas refusé, me disant tous simplement :

- ben c’est bien la première fois qu’on m’apporte à bouffer !

Il n’a pas réussi à cacher son émotion. Son regard luisant et sa voix qui s’était mise à chevroter, m’ont révélé le temps de quelques minutes, la fragilité et la sensibilité qui l’habitaient et qu’il cachait si bien.

Ces quelques minutes avaient suffi à nous rapprocher.

Il avait continué :

- Mais dis moi, pourquoi tu fais ça ? Personne s’intéresse jamais à moi. Je sais qu’j’emmerde tout l’monde dans l’quartier.

Je repensais au vieillard, décédé quelques mois plus tôt, dans mon ancienne rue. D’aussi loin que je me souvienne, il avait toujours habité le quartier. On se saluait : bonjour, bonsoir !

Et puis un jour, j’ai aperçu sa photo scotchée sur la porte de sa maison. Il était parti comme il avait vécu ; discrètement, emportant avec lui, une histoire que je ne connaissais pas.

Quelqu’un avait déposé des fleurs sur le pas de sa porte. Peut-être était-ce quelqu’un, qui comme moi, avait quelques regrets de ne pas avoir apporté un peu de chaleur à ce vieil homme solitaire.

Mario ne ressemblait en rien à ce vieillard et pourtant…

- C’est vrai que t’es un râleur de première, mais que veux tu, j’dois être un peu maso. ….. et puis j’ai appris de source sure que tu laisserais un gros héritage après toi.

- Ben tu peux toujours te « brosser » ! Personne n’y touchera à mon héritage ! J’vais tout laisser à la SPA pour tous les faire enrager.

Je ne lui ai pas posé de question concernant les personnes qu’il voulait faire enrager. Je ne connais rien de lui. Je sais simplement qu’il vit seul, dans une grande maison et qu’il ne reçoit pratiquement pas de visite.

Je crois qu’il n’éprouve plus autant de méfiance vis-à-vis de moi. C’est déjà beaucoup, pour moi.

La maison possède maintenant le confort minimum. Il reste beaucoup à faire mais je m’y sens bien.

Je suis contrainte de cesser temporairement les travaux car je n’ai pour le moment, plus un sous vaillant. Moi qui ne souffrais le moindre découvert, j’envisage sereinement de vivre au dessus de mes moyens, pendant quelques temps encore.



Les vacances se terminent. Je suis installée sur mon canapé. Je songe à la rentrée, quand tout à coup, j’entends taper à la porte.

C’est Raphaël qui m’apporte un plan d’arbre fruitier. Il souhaite le planter tout de suite, mais je prétexte une grande indécision quant au choix de l’endroit. Toutes les raisons sont bonnes, maintenant, pour le faire revenir.

Comme je prépare mon repas, je lui propose de le partager avec moi. Il ne se fait pas prier.

On entend gronder le tonnerre au loin.

- De toutes les façons il va pleuvoir me dit-il. Je m’occuperai de l’arbre demain, en fin d’après midi.

Je suis aux anges.

Puis la pluie se met à tomber, drue. Je saisis mon panier et cours dans le jardin récupérer le linge que j’avais mis à sécher. Raphaël me rejoint pour me prêter main forte.

C’est alors, que sans réfléchir et prise tout à coup d’une soudaine envie, je lâche mon panier pour lui prendre les mains.

Et je le fais tourner en chantant :

Tombe, tombe la pluie ! Pendant que maman est en vie !

Tombe, tombe la pluie ! Je t’offrirai un agneau !

Nous sommes trempés jusqu’au os. Il ne fait pas chaud. Mais qu’importe. Nous rions aux larmes.

A peine rentrée dans le salon, je cours lui apporter un peignoir de bain.

- Tu peux mettre ça, je vais m’occuper de tes vêtements.

Et devant son air étonné :

- Ne t’inquiète pas pour tes vêtements. D’ici demain matin, ils auront tout le temps de sécher.

Il ne dit rien. Il me sourit.

Je n’ai plus froid. Je lui souris.



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